• « Mon Amie ma douleur » de LANAHME V

    Mon amie la douleur

    Titre : « Mon Amie ma douleur »
    Auteur : LANAHME Valérie
    Genre : Roman
    Éditions : Librinova (Ebook)
    Année : 2017
    Nombre de pages : 102

    Résumé :

    Une opération bénigne au bas ventre en 2011 et le château de cartes s'écroule.
    Valérie, chef d’entreprise, est admise en maison de santé en novembre 2015, après 5 ans de souffrance. Avec un ton juste et sincère, elle dresse un portrait sévère du monde des chirurgiens. « Sur une échelle de 1 à 10, à combien situez-vous votre douleur? ». Elle dit 1000, on lui répond « tout est normal ! ». Elle préférerait qu’on lui découvre une maladie rare pour qu’enfin on la prenne au sérieux et que ses douleurs au ventre cessent.
    De rage d’abord, elle se met à écrire. Elle continue ensuite pour sa famille et pour tous les autres, afin de dédramatiser la dépression et le burn out, maladies de notre génération. Par ce livre, elle souhaite aider les proches des malades à les comprendre, à leur montrer qu’il existe des solutions, et que le soleil est seulement caché derrière les nuages.

    Mes impressions :

    Je remercie Mathieu des Éditions Librinova pour l'envoi de ce livre

    Ce livre est un témoignage poignant (et malgré tout écrit avec des notes humoristiques), qui retrace le parcours d'une femme, chef d'entreprise en proie à un burn-out sur fond dépressif.
    Je trouve ce récit très juste dans la façon de présenter ce mal qui peut ronger et écraser le malade jusqu'à l'affaiblir et l'anéantir psychologiquement et physiquement.

    Pour comprendre ce roman et saisir toute sa portée, il faut savoir que Valérie la quarantaine est une chef d'entreprise qui chaque jour se rend compte combien elle est une éternelle insatisfaite dans son travail.
    Elle ne parvient pas à se contenter de ce qu'elle a mais en veut TOUJOURS PLUS, d'ailleurs pour elle cette phrase est un leitmotiv. Cette attitude cache un besoin profond de se sentir vivante.
    Depuis qu'elle s'est lancée dans le métier et qu'elle est devenue chef d'entreprise, son mari et sa fille la soutiennent et lui témoignent énormément d'affection et de compréhension. Dans le milieu familial tout semble aller bien, mis à part peut-être les rapports avec son père et sa sœur. Comme dans toutes les familles parfois, il arrive que la communication ne passe pas bien. Pourtant un jour, après des mois, victime d'une douleur sournoise et intense, tout s'écroule.

    Dans ce texte écrit pour raconter son passage à vide, l'auteur nous explique dans un premier temps, sa personnalité, sa façon d'être avant la maladie, surtout dans ses études et son travail. Elle a un besoin viscéral de se sentir vivante et « existée ».
    Elle vient d'une famille recomposée. Quand elle est encore jeune, sa mère souffre de la maladie d’Alzheimer. Sa tante, quand elle devient elle-même mère, se préoccupe plus de son propre enfant
    Plus tard ses amis, sont ceux de son mari et elle s'en contente.
    Elle nous dresse donc un tableau de sa vie, avant la descente aux enfers, puis le point de chute et enfin nous explique la lente reconstruction qu'elle devra faire avec les compromis indispensables qui vont avec.
    Plus jeune, dans sa course à la reconnaissance, elle en oublie le monde qui l'entoure.
    Elle va alors accumuler dans un souci de satisfaction personnelle, sociale et de gain, les heures de travail, de pression, qui vont la conduire dans une situation de souffrance mentale et physique.

    Le rythme de ce récit est celui d'une course effrénée, rapide comme l'est la vie de Valérie d'abord en tant qu'étudiante sérieuse, puis en tant que chef d'entreprise.
    Les phrases sont courtes, ne laissent pas de place à la respiration, Valérie n'a pas le temps de souffler d'ailleurs ! Son ascension professionnelle lui demande beaucoup d'efforts au quotidien et elle en néglige sa fille et ses proches.
    Une opération bénigne va l'amener à s'interroger sur une douleur qui lui vrille le ventre depuis des mois, des années. Le ventre est notre deuxième cerveau paraît-il et Valérie va en faire le triste constat.
    Alors qu'elle a 40 ans, les médecins lui parlent de dépression et de burn-out, elle devra alors faire le choix de l'hospitalisation et d'un traitement chimique doublé d'une psychothérapie.
    Le thème de ce livre me parle, c'est pour cela qu'ayant vécu cela, je trouve que l'auteur emploie des mots justes, au plus près de la réalité des sensations.
    Sa peur de sortir, son exclusion familiale et sociale sont des signaux d'alerte mais au début elle ne va pas en tenir compte et continuera de se donner corps et âme à son travail.
    Pour rendre compte de son activité colossale au quotidien, l'auteur nous décrit la masse de travail accumulé en faisant un récapitulatif de ses grands moments professionnels et de son investissement personnel, ainsi que du stress accumulé. J'ai trouvé ces passages un peu trop longs car tous les chefs d’entreprise ne font pas de burn-out et tous ceux victimes de burn-out ne sont pas chefs d'entreprise.
    J'ai largement préféré les moments où elle décrit son quotidien dans la clinique, les méthodes, les astuces mises en place par l'équipe médicale pour sortir les patients de cette souffrance-là en prenant en compte ce qu'ils sont. (Ateliers chant et conte, médiation théâtrale, méditation, sensibilisation à la pleine conscience, atelier de Qi-Gong)
    Cependant cela n'enlève en rien l'authenticité et la rationalité des passages où elle parle de comment le trop-plein de travail l'a amenée à la tension permanente et à la douleur chronique.

    Les rendez-vous avec les psychiatres de la ville et de la clinique vont l'aider à traverser cette période.
    Elle comprend qu'ils ne lui apporteront pas les solutions sur un plateau, ni les réponses à ses nombreuses questions. Elle sait bien que les explications, les solutions qui sont liées aux causes, sont en elle, car elles dépendent du vécu et du caractère. Elle va devoir trouver le moyen qui lui conviendra le mieux. Valérie va passer par une baisse de la quantité de travail, un mi-temps puis un arrêt total. Il y aura aussi l'adoption de Lanah, un chiot qui va l'obliger à prendre soin de quelqu'un d'autre qu'elle-même.
    Ainsi elle va comprendre peu à peu les causes et les raisons de son mal-être et de sa douleur physique.
    Les techniques de thérapie présentées tout au long du livre, donnent des indices sur comment peut-être soigné une dépression et je trouve ce passage-là fort instructif.

    Valérie rétrospectivement s'accorde à dire qu'elle et victime d'un burn-out dans un contexte de dépression. À force de créer des barrières autour d'elle pour se protéger, elle a construit une prison. Elle va devoir apprendre à lâcher prise, reprendre sa vie en main, avec l'aide de ses proches, va devoir ne pas se soucier du regard des autres.
    Pendant plus d'un an elle devra apprendre à réécrire sa vie et elle le fera même sur papier afin d'exorciser ses angoisses et partager son expérience qui sera sans doute fort utile à d'autres.
    Après avoir trouvé l'origine de son mal-être et comment vivre avec ce dernier, elle va tenter de retrouver une certaine liberté.

    Je conçois que ce livre est un formidable exutoire à l'auteur qui lui permet de rebondir. Sa douleur est d'abord son ennemi mais c'est elle, en tant qu'amie qui va lui permettre de tirer sur la sonnette d'alarme.
    Ce livre nous aide à comprendre les victimes de la pression professionnelle.


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  • Commentaires

    1
    Mardi 21 Février à 21:12

    A lire des bouquins qu'on n'aurait pas lus si on ne nous les avait offerts, on découvre parfois de bonnes surprises. 

    Bon mercredi. 

      • Mercredi 22 Février à 11:16

        Je suis tout à fait d'accord avec toi Philippe :-)
        Bon mercredi à toi également

    2
    Mercredi 8 Mars à 18:31

    La pire des erreurs qu'on puisse commettre, quand on a mal, c'est de ne pas huuuuuuuurler. C'est ainsi que je me suis cassé le sacrum au ski et que deux médecins m'ont prise pour une simulatrice un peu dépressive (je pleurais à chaudes larmes tant j'avais mal) parce que je ne demandais pas expressément qu'on m'arrête et que je continuais à faire face à mes obligations. L'un des deux s'est même permis de me manipuler (crac-crac-crac) et de me disputer parce que sa piqûre à la potion de perlimpimpin (un truc de médecines douces) ne me soulageait pas : "J'ai Bac + 22, je sais ce que je fais."

    Ils ont mis trois mois à se résigner à me faire faire un scanner... C'était trop tard, l'os s'était ressoudé comme il pouvait, au régime de dingue où je l'ai soumis.

    J'évite ce genre de lectures, qui me donne vraiment l'impression qu'on ne serait pas plus maltraité par le dernier des rebouteux.

      • Lundi 13 Mars à 17:42

        En effet les médecins souvent ne se mettent pas à la place de leurs patients ou bien se sentent impuissants alors ils trouvent des raisons de nous culpabiliser. Heureusement que tous ne sont pas comme ça et qu'ils prennent les patients au sérieux ! Je félicite la création des centres antidouleurs.
        Ton expérience, nous montre qu'il y a encore des progrès à faire !

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