•  « Une vie » de Guy de MAUPASSANT

     

     

     

     

    Titre: « Une vie »
    Auteur : Guy de MAUPASSANT
    Genre : Roman / Classique
    Éditions : le livre de poche
    Année : 1978
    Nombre de pages : 338

    Quatrième de couverture :

    Jeune fille unique très choyée du baron et de la baronne Le Perthuis des Vauds, avait tout pour être heureuse. Son mariage avec Julien de Lamare, rustre et avare, se révélera une catastrophe. Sa vie sera une suite d'épreuves et de désillusions.
    Ce roman, le premier de Guy de Maupassant, est une peinture remarquable des mœurs provinciales de la Normandie du XIX ème siècle : Hobereaux, domestiques, paysans sont décrits avec beaucoup de réalisme.

    Mes impressions :

    Au sortie du couvent, cloîtrée depuis des années, par son père le Baron Perthuis des Vauds qui la fait sortir à 16 ans pour parfaire son éducation; paré de bon sentiments, il souhaite l'ouvrir à la vie, à la tendresse des animaux et des lois sereines de la vie... arrive dans un château au côté de sa mère, baronne Adélaïde malade en embonpoint et de sa fille de chambre Rosalie, sœur de lait de Jeanne.
    Elle découvre un lieu de vie fort agréable et rempli de promesses...
    Elle espérera le grand amour, celui qui lui fera vibrer son cœur et s'imagine finir sa vie paisiblement auprès de 2 enfants, garçon et fille et d'un mari aimant.
    Quatre mois après son arrivée après, elle fait la connaissance par l'intermédiaire du curé, de M. le Vicomte de Lamare...Une tendre affinité se tisse entre eux et un mariage est prévu par ses parents dans les mois suivants.
    Mais Jeanne ne connaissant rien de la vie amoureuse, ayant toujours été protégée par ses parents, se confrontera à le dure réalité et découvrira un mari brutal dès la première nuit de noce....
    Après leur voyage de noce en Corse, de retour « Aux peuples », il devient un étranger, il se laisse aller, ne se rase plus et ne s'habille plus noblement...le temps passe et Jeanne ressent de l'amertume, de la douleur en elle même....les désillusions s'accumulent...
    Son mari devient de plus en plus avare, vis à vis d'elle même, de ses toilettes, mais aussi eu égard leurs besoins alimentaires ou des personnes à leur service au château.
    Elle découvre un jour de grand froid les infidélités de son mari avec la bonne qui sera renvoyée...Jeanne se sent perdue, elle est confrontée à la dure réalité de la vie et de sa condition de femme. Elle « pleure » sur un bonheur perdu; sur les idées qu'elle se faisait du bonheur.
    Mais elle devient mère et là elle vivra au travers du besoin et du désir de son enfant, Paul, qu'elle chérira de toutes ses forces. Il sera celui qui lui redonnera goût à la vie. Il est l'enfant qui la rend heureuse et qui lui permet de supporter son désespoir.
    Un nouveau curé viendra dans la région, avec des convictions sévères, bien particulières.
    Le père de Jeanne, sera d'ailleurs en forte opposition avec lui.
    Plus tard, le décès de sa mère la plongera dans un abîme sans fond que seul un second enfant, pourra la retirer...mais le destin s'acharne, elle perdra son mari dans des circonstances d'adultère et par la même, elle donne naissance à un enfant, une fillette morte-née...
    Alors le temps aidant, elle se dévouera corps et âme à l'éducation de son fils Paul, qui sera aux bons soins auprès de son grand-père la baron, la servante et de Lison....mais loin de l'éducation d'un jeune homme ordinaire. Il n'ira que très tard à l'école et sera étouffé par la présence de sa famille...il grandira trop choyé.
    Jeanne protégera de trop ce garçon tant chéri et celui-ci aura de mauvaises fréquentations, il s'éloignera de plus en plus d'elle pour faire sa vie à Londres, puis à Paris ; une vie certes bien dissolue. Mais Jeanne acceptera ses écarts de conduite car elle se sent seule et souffre de son absence; il lui échappe alors fera ce qu'elle peut pour le garder même si sa conduite de mère est inappropriée face à un fils qui n'est pas très reconnaissant.
    Elle sera du reste jalouse de la fille que fréquente son fils, tant sa possessivité est grande.
    Les années s'accumulent, elle perdra tour à tour, son père, sa tante Lison et Rosalie, apparaîtra de nouveau avec son fils, Denis, qui est en fait le demi-frère de Paul.
    Rosalie tentera d'aider sa patronne, et essaiera de reprendre les affaires familiales en main ainsi que les finances de Jeanne; elle lui suggérera de vendre le château, «  Les peuples », ce qui permettrait à cette dernière de vivre assez sereinement, d'un point de vue financier, le restant de ses jours...
    Mais Jeanne, vieillit et a du mal à quitter le château de son enfance et de sa jeunesse, de quitter son pays mais elle s'y résolue grâce aux sages pensées de Rosalie....
    Le déménagement en Havre dans une petite maison dans laquelle logera aussi Rosalie, se passe dans la douleur et les rêveries, des jours passés et heureux.
    Paul son fils lui écrit et lui réclame sans cesse de l'argent pour payer ses dettes, et Rosalie toujours avec sagesse, lui apprendra à dire non à ce fils qui du reste promet son retour en vain....
    Jeanne alors, décide d'aller le retrouver à Paris pour le ramener et lui faire entendre raison mais la quête sera longue et douloureuse, elle erre de rue en rue sans résultat...alors, elle retourne dans sa maison... elle dépérit de jour en jour, se laisse aller à son amertume, à ses délires, elle devient dépressive malgré sa bonne qui tente de l'aider et de lui apporter conseils avertis ...Les jours, passent et elle écrira une ultime lettre à son fils, lui demandant de revenir vers elle qui se meurt....

    Ce roman est riche de sentiments et descriptions poétiques et détaillées de la campagne et de ses paysages.... le destin de Jeanne est pluvieux comme la Normandie.
    Ce roman décrit la vie de Jeanne, enfermée dans un conformisme, un monde fait de préjugés.
    Sa sensibilité sera bafouée, de même ses désirs, sa confiance en elle, en la vie.
    Le code social dans lequel elle est établie ne laissera aucune place à son bonheur et à sa liberté individuelle; elle subit passive son destin certes cruel.
    L'idée de la religion sera fortement développée...
    Jeanne au fil du temps, prend conscience de la triste réalité de la vie et surtout de l'inconstance des choses, des événement, des êtres et de l'amour. Elle sent bien que les gens ne sont qu'hypocrisie, Seule la beauté de la nature, l'aidera parfois à reprendre courage.
    Elle, si droite et si aimante, dotée d'un cœur simple, ne comprendra pas les trahisons de son époux et de ses ami(e)s; de même que certains agissements de ses parents.
    J'ai été très touchée par la description de la vie de sa tante Lison, et de la place que lui donne sa famille dans laquelle elle se rend de temps en temps ... Elle n'existe pas aux yeux des autres...elle est là, effacée; comme un meuble à qui l'on accorde que peu ou pas d'importance.
    Ainsi Maupassant évoque la condition de cette jeune fille Jeanne, mal mariée; qui subira sa vie plus que ce ne qu'elle ne la vit. Elle perdra son identité au fil des années. Elle ne parviendra pas à s'adapter au réel qui l'attend à l'âge adulte, tant elle était enthousiasmée et emplie de rêves à sa sortie du couvent. Elle sera tour à tour anéantie, résignée, quelque fois naïve, mais aussi parfois dans l'espérance, surtout au niveau du retour du fils « prodige », vers la fin du roman.
    L'adultère, la tristesse, la mort, la religion, le conformisme sont reflétés dans ce roman si triste.
    Une vie gâchée, « vide », sans vraiment l'être, car Jeanne connaîtra des événements importants, mais bouleversants qui la laisseront sans force, anéantie...elle, vit passive, parfois avec difficulté et reste souvent inconsolable.
    Ce roman est la narration d'une existence qui aurait pu être belle, mais qui ne l'a pas été. Tout, au départ semblait sourire à Jeanne, puis petit à petit sa vie s'enlise dans des répétitions que Maupassant aiment à décrire et à signifier pour peut-être faire réapparaître la viduité des choses. Il s'appesantit, sur le tragique; sans toutefois s'y complaire.
    Un roman qui se lit et se relit, toujours; qui nous donne à réfléchir aussi sur les conditions de vie de ce XIX ème siècle et des stéréotypes.

     


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