• « La vie en sourdine » de David LODGE

    Titre : « La vie en sourdine »
    Auteur : David LODGE
    Genre : Roman
    Éditions : Roman rivages
    Année:2008
    Nombre de pages : 416

    Quatrième de couverture :

    Desmond a des problèmes d'ouïe. Et d'ennui. Professeur de linguistique fraîchement retraité, il consacre son ordinaire à la lecture du Guardian, aux activités culturo-mondaines de son épouse, dont la boutique de décoration est devenue la coqueluche de la ville, et à son père de plus en plus isolé là-bas dans son petit pavillon londonien.
    Lors d'un vernissage, alors que Desmond ne comprend pas un traître mot de ce qu'on lui dit et répond au petit bonheur la chance, une étudiante venue d'outre-Atlantique lance sur lui ce qui ressemble très vite à une OPA. Pourquoi Desmond ne l'aiderait-il pas à rédiger sa thèse ? Le professeur hésite. Pendant ce temps son père, martial, continue à vouloir vivre à sa guise et son épouse à programmer d'étonnants loisirs...
    Comique, tragique, merveilleusement autobiographique, le nouveau roman de David Lodge s'inscrit dans le droit fil de Thérapie.

    Mes impressions :

    J'ai choisi ce livre en m'imaginant que son contenu décrirait le portrait d'un monsieur d'un certain âge, qui dresserait son quotidien en proie au handicap de la surdité. Cependant, la surdité n'est pas le seul thème. On découvre de nombreux sujets plus complexes encore. Certes, la notion de surdité est traité avec humour, parfois ironie et agacement. Le lecteur passe un bon moment même s'il sait que pour les personnes malentendantes, rien n'est amusant mais la façon d'amener le sujet ici est très stylée, très cocasse.
    Pour un professeur universitaire de linguistique, il ne fait pas l'impasse sur les choix des mots, ce qui rend la lecture agréable et drôle.
    Donc comme je vous le disais, ce professeur à la retraite, bénéficie encore des avantages d'avoir accès à la bibliothèque de l’université. Il s'y rend régulièrement pour y faire des recherches. Il est passionné par son métier.
    Lors d'une soirée de vernissage, il se fait aborder par une étudiante Alex, mais il ne comprend pas un traite mot de ce qu'elle raconte puisque le brouhaha met à mal son appareil auditif. Pour ne pas paraître grossier il acquiesce à tout ce que lui dit la jeune femme. Il ne comprendra que plus tard quand elle appellera chez lui que son discours faisait référence à ses études et à sa thèse. Elle souhaite que Desmond devienne son directeur de recherche. Son sujet de thèse est une étude stylistique des lettres de suicidés.
    Il hésite beaucoup, puis il pense que l'idée de l'aider dans ses recherches sans être son directeur, puisqu'elle en a déjà un avec lequel les rapports sont difficiles, pourrait le distraire et le sortir un peu de sa routine.
    Il se dit qu'accepter serait un moyen de composer avec cette surdité qui le handicape énormément dans la vie de tous les jours.
    Il est curieux de savoir ce que la jeune étudiante, peut lui offrir en matière de nouveauté et surtout il comprend qu'elle pourra mettre un peu de piment dans sa vie, mais en restant fidèle à ces principes et à sa moralité.
    Seulement Alex est une jeune femme mystérieuse, énigmatique. Elle va s’immiscer de façon sournoise et malveillante dans sa vie, l'appelle chez lui, lui envoie des mails. Il ne parvient pas à trouver le bon moment, pour révéler à Fred de sa relation studieuse avec Alex. De malentendu, en malentendu, il se met en situation délicate. Il conçoit qu'il s'est laissé manipuler par cette étudiante, il se trouve stupide et il sait que sa femme saura le lui rappeler !
    Dans le récit il cite sa famille : sa femme est décédée, il a une fille mariée à Jim et elle attend un bébé, sa nouvelle compagne Fred, plus jeune que lui, qu'il a rencontrée à l'université, (elle était une élève sur le tard) a elle aussi une fille Marcia, deux garçons et un petit fil.
    Il aborde donc le sujet des familles recomposées et des difficultés pour réunir tout le monde au moment des fêtes de fin d'année par exemple. Il aborde les rapports relationnels familiaux qui peuvent être plus ou moins agréables.
    Dans un premier temps, Desmond nous parle bien de la surdité. Elle est même l’introduction à son roman. Il nous explique comment ce handicap est arrivé dans sa vie. Il nous raconte les inconvénients au quotidien et notamment dans la rapport verbal à l'autre qui aboutissent bien souvent à l'isolement. Il nous décrit aussi les technologies embarrassantes et défaillantes (à défaut d'être performantes) mises au point et à la disposition de la personne, moyennant un coût certain pour palier et compenser la perte auditive !
    Il compare les conséquences de la privation de la sensation de l'ouïe et de la vue. Il narre des anecdotes et des faits divers de tous les jours et nous réalisons l'importance d'être bien entendant pour être et se sentir socialement inclus.
    Les personnes qui ne souffrent pas de problème d'audition ne peuvent pas se rendre compte mais le fait est là ! Le monde environnant paraît alors hostile, extérieur à nous. Tout ceci est raconté de façon efficace, avec un scénario intéressant.
    Et puis il évoque brièvement les avantages sociaux d'être à la retraite, puis, plus longuement les désavantages, comme les problèmes de santé allant avec l'âge vieillissant. La vue qui baisse l'arthrose qui apparaît, les problèmes dentaires, la perte de la mémoire et bien d'autres choses.....
    Au travers de la démence débutante de son papa, il étaye ce fait-là. Ce dernier est à un âge difficile où la frustration et l'isolement lui font craindre la perte de ses repères.
    La perte d'autonomie de nos parents, nous amène à la question de responsabilité : les laisser vivre dans leur maison à laquelle ils sont habitués ou bien les faire emménager dans une maison de retraite pour leur sécurité.
    Quelques semaines plus tard, il est convié à donner un cycle de conférences en Pologne là il découvre les atrocités du camps d'Auschwitz. Il est touché et bouleversé.
    L'auteur alors entreprend de parler des camps de la mort, et nous incite à nous interroger sur cette cruauté extrême. Il traite la question de la philosophie de la mort et de la vie qui est en elle-même un arrêt de mort.
    Il nous incite à penser que cette pensée est une pensée perverse et futile et qu'il est plus important de songer la vie et de tenter de l'apprécier en savourant le temps qui passe en le comblant par des activités bienfaisantes et agréables.
    Finalement même si la vie universitaire tient une place très importante dans ce roman (autobiographie), les thèmes et les sujets sont variés et se rapportent pour la plupart à la vieillesse et au changement de rythme lorsque l'on se retrouve à la retraite.

    Ce livre nous interroge. David Lodge écrit là un roman touchant et juste. Il y parle avec nostalgie. Il évoque des souvenirs, parfois avec humour mais toujours avec clairvoyance, acuité et justesse.
    Il évoque les relations amoureuses, filiales, professionnelles, conjugales et s'attarde sur les troubles du troisième âge.
    Le style est engageant parce que le narrateur fait souvent une analyse linguistique intéressante.
    Desmond est dans la vie, il nous ressemble. C'est un personnage attachant, empreint de doutes et d'interrogations. L'auteur a su être drôle avec des sujets tristes et délicats.
    L'auteur passe d'un humour léger, a un humour, incisif grinçant et tourmenté.
    Il sait décrire des anecdotes et un quotidien banals avec une maîtrise parfaite de la dérision, elle est calculée, pesée. Il y ajoute des notes de nostalgie et d'affection et ça marche, le lecteur est captivé.

    J'ai eu un peu de mal avec le caractère de Fred, femme active et occupée avec sa boutique de décoration. Son statut dénote avec la simplicité de Desmond. Ce qui crée un décalage, jouissif.
    Il y a aussi beaucoup d'autodérision, il ne se prend pas au sérieux, ce qui est contraire au caractère de Fred, les deux personnages ont donc une personnalité différente mais il y a de la tendresse entre eux. Une certaine retenue aussi, surtout quand il évoque le côté badin de leur relation.
    L'auteur nous rédige des anecdotes sous la forme d'un journal intime. L'originalité tient dans le fait qu'il alterne le « je » et le « il » pour parler de lui, juste par envie et plaisir.
    Loin d'être en partie autobiographique, ce roman, est une œuvre universelle, qui parle à tous car nous serons tous confrontés un jour au l'autre à la solitude, la déchéance du corps et de l'esprit, l’inéluctable vieillesse.
    David Lodge est un homme au talent certain !
    À lire !

    L'homme qui ne voulait plus se lever 


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 19 Juillet à 21:27

    Là, je suis plutôt intéressé...

    Je ne connais l'auteur que de nom.

    Ne me parle pas de vieillesse. Maman (88 ans) a déjà fait 3 septicémies cette année, elle est passée 3 fois dans le trou d'une aiguille. Elle a passé 6 semaines dans une maison de retraite avant de rentrer chez elle pour enfin retourner à l'hôpital où elle est toujours. On songe maintenant à la laisser en maison de retraite. Elle y est plus en sécurité et nous plus rassuré. C'est loin d'être évident. Ça cogite beaucoup dans ma tête ! Ah vieillir ! Jacques Brel l'a bien chanté ! 

    Bonne fin de semaine. 

      • Jeudi 20 Juillet à 10:54

        Bonjour Philippe,
        Je pense que la décision que vous allez prendre sera la bonne. Il faut avant tout penser à la sécurité de votre maman. Si elle est en danger en restant seule alors il ne faut pas hésiter. Il faut choisir le moindre mal. La décision vous appartient. Tu ne dis pas ce qu'elle en pense mais dans le roman le papa du narrateur est absolument contre, ce qui comme toi inquiète le fils. Comme tu dis, c'est loin d'être évident. Bon courage pour la suite, je suis de tout cœur avec vous. 

    2
    Vendredi 21 Juillet à 17:24
    Alex-Mot-à-Mots

    Même si je ne me rappelle plus exactement l'historie, j'avais beaucoup aimé le personnage principal.

      • Vendredi 21 Juillet à 17:50

        Oui Alex, il est très attachant happy

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