• « Les vents de la liberté » de Gilbert BORDES

    Les vents de la liberté. Gilbert BORDES

    Titre : « Les vents de la liberté »
    Auteur : Gilbert BORDES
    Genre : Roman
    Éditions XO éditions
    Année : 2015
    Nombre de pages : 440

    Quatrième de couverture :

    1789. Tandis que les rues de Paris grondent des premiers élans révolutionnaires, Augustin Moncellier brûle de douleur et de rage. Son père a été arrêté pour un crime qu il n a pas commis et condamné au bagne.
    Poussé par la volonté de le libérer, par son désir d'aventure et par l 'envie d'oublier un amour impossible, Augustin part vers l'océan. Il trouve un embarquement et quitte enfin les rivages de son ancienne vie. La découverte de la mer est une révélation...
    Fait prisonnier, vendu comme esclave sur les rives de la Floride, il se confronte à l'injustice des hommes, mais découvre aussi l'amour partagé et l'amitié indéfectible.

    Dans les temps tourmentés des dernières années du siècle, Augustin devra affronter bien des épreuves et des tempêtes avant de rentrer enfin en France, acclamé comme un héros par la Convention. La société a changé, des positions se sont créées quand d'autres se sont effondrées. Les amours autrefois impossibles ne le sont plus. Mais les tempêtes politiques sont souvent aussi dangereuses que les coups de mer, et le destin se joue des humains...

    Mes impressions :

    Je tiens à remercier une fois de plus Mélanie ROUSSET des éditions XO pour l'envoi de ce roman.

     Augustin, 17 ans, fils de l'artisan Paul Moncellier, lequel possède une filature est un petit Bourgeois qui voit sa vie basculer le jour où sa mère meurt en mettant au monde son frère Jules puis lorsque son père est arrêté pour un meurtre d'un collecteur des impôts, qu'il n'a pas commis. Ce dernier est envoyé au bagne...

    Avec leur sœur Léa 23 ans, ils sont livrés à eux-mêmes mais essaieront de travailler pour survivre et rester liés. Jules 12 ans n'est pas un garçon calme et choisit la délinquance. Il n'a pas eu la chance comme son frère, du temps de la prospérité et avant la mise en liquidation de l'entreprise familiale, d’apprendre à lire, écrire et de se familiariser avec la musique.
    Depuis la mort de son père Augustin est apprenti charpentier chez maître Vidal, c'est un jeune homme travailleur et estimé de tous.
    Un jour traînant dans les beaux quartiers il est attiré malgré son jeune âge par la marquise de Ruffec, plus âgée que lui et qui voit en lui un musicien doué pour le clavecin mais il est passionné par la mer, le large et se met en tête d'aller faire libérer son père injustement accusé.
    Quant à Léa, elle se verra obliger d'accepter l'offre de Morisson, un veuf qui accepte de l'employer à condition de l'épouser et de lui donner un fils.

    1789 est le siècle des penseurs, Louis XVI laisse son peuple de plus en plus miséreux, les conflits s’intensifient et l'écart entre les riches et les pauvres se creusent.
    Et les routes des trois frères et sœurs vont se séparer.

    Le rêve d'Augustin est d'aller à Rochefort pour embarquer sur un bateau, de devenir mousse et pourquoi pas capitaine.
    Entre 1789 et 1794, il va faire de nombreuses traversées, il va devoir affronter les pirates, les actes de barbarie et les tempêtes mais il sera toujours courageux, vaillant, avec un bon pied marin.

    Les aventures d'Augustin Moncellier sont une véritable épopée. Il part de Paris, appelé par le large et traversera bien des contrées vers le nouveau monde. Il sera simple passager, puis esclave et peu à peu il va montrer combien il est doué pour la mer, la navigation, les stratégies, les batailles, animé par une soif de liberté. Il sera mousse, apprenti, et peu à peu , va devenir l'homme de confiance de divers commandants, il fera sa place et deviendra le « citoyen corsaire », redouté avant de retrouver la France.
    Durant ses traversées et ses escales, il rencontre des personnages tous très différents les uns des autres, amenant une panoplie diverse d'individus haut en couleur.
    Il y aura Frédéric Melun un jeune homme porté sur la boisson et les filles, ils feront ensemble un bout de chemin.
    À son contact, il s'émancipe et perd un peu de sa naïveté. Il acquiert plus d'assurance et de liberté.
    Une réelle amitié née entre eux deux, ainsi qu'une complicité les soutenant respectivement. Nous partageons leur aventure.
    Puis Augustin embarque à bord de la « Belle Sultane ». Très vite, le capitaine s'aperçoit qu'il a le sens de la mer malgré ses bonnes manières et son côté bourgeois. Il sera employé au départ pour faire tous les travaux, laver le pont, aider à la cuisine, apprendre le métier de marin. Il se liera d'amitié avec un jeune homme Jean Bréjun, qui lui, est dépourvu de capacités à devenir un homme des océans.
    Ils vont devoir apprendre que la discipline est la première règle de sécurité sur un bateau. Ils seront très vite confrontés aux dangers de la mer et des océans...
    Un jour l'équipage du bateau marchant sera attaqué par des pirates anglais, qui vont massacrer la plupart du personnel navigant.
    Le capitaine anglais inhumain va le traiter comme un animal ; pourtant derrière cet homme infecte, se cache un être meurtri.
    Augustin va connaître l'horreur, l'humiliation. Il va découvrir le monde horrible de l'océan qu'il n'imaginait pas du tout. Il subit des violences physiques puis l'esclavage, et sera vendu par des pirates espagnols. Il va être acheté pour travailler sur des plantations, et destiné au dur labeur par ses propriétaires. Lui sera le seul blanc parmi des noirs, tous vivant le triste sort encore une fois des brimades et des injures. Au bout de trois mois il va être envoyé dans un village. C'était la première fois qu'un blanc partageait la condition des noirs. Là il rencontre M'nongo, un jeune esclave, un homme avec des qualités, des pensées délicates d'une grande pureté. Malgré la dureté de son existence il est un honnête homme, droit avec des valeurs, sentimental, loyal et gentil, et instruit.
    Malgré l'injustice qui les entoure, ils vont pourtant s’apercevoir que l'amitié n'a pas de couleur et que tous les hommes peuvent vivre côte à côte. Ils connaissent néanmoins la peur et la haine.
    Augustin rencontre également Stilla une jeune esclave, de la plantation de tabac avec M'nongo, ils se lient d'amitié et d'affection.
    Il fera la connaissance d'un maître qui apprécie le fait qu'il soit Français et doué pour les affaires mais les rivalités, la jalousie entre Augustin et les fils de la famille vont perturber la continuité des événements.
    Le propriétaire du domaine veut faire le commerce du coton, et la fabrication des tissus en collaboration avec Augustin, puisqu'il connaît le métier de la filature ; il lui offre le gîte et le couvert et lui promet de se renseigner sur le sort de son père en Guyane.
    Sous ses conditions Augustin accepte mais il demande à ce que M'nongo et Stilla vivent auprès de lui dans sa nouvelle maison dépendante.
    Le maître et Augustin vont collaborer pour la création d'une usine. Mais des menaces pèsent sur Augustin.
    Augustin sait qu'à Paris la ville gronde sous la révolte des Parisiens qui veulent gouverner la ville et le pays.
    Car les tensions entre les nobles et les révolutionnaires sont plus que palpables.

    Le 14 juillet 1793, le port de la Rochelle est en effervescence. Il est parti depuis 2 ans et ses exploits sont connus et rapportés par les navires de Guerre,
    Après 4 années d'absence il appréhende le retour au pays, mais il veut revoir sa sœur Léa, et son frère Jules mais également Madame de Ruffec.
    Le roi Louis XVI est condamné à mort ; il y a alors un long passage historique qui nous aide et nous rappelle et replace le roman dans un contexte historique et là il prend toute son ampleur, la politique reprend le dessus sur l'épopée d'Augustin. Le roman est accompli.
    L'épopée d'Augustin et des amis qu'ils croisent tout au long de sa route est animé. Son retour aux sources lui sera bénéfique et marquera l'entrée dans le nouveau monde, il retrouve un pays très différent de comment il avait laissé.

    Ce roman est une fresque palpitante.
    Certes l'idée de la tolérance de l'acceptation, du racisme est omniprésente au vu de la période historique et les idées avant-gardistes de révoltes sont bien présentes mais persistent ces sentiments d'humanité et d'humilité des personnages principaux.
    Ce livre est un message d'espoir pour l'égalité et la liberté. Mais aussi pour le sens de la famille.
    Poussé par le désir de délivrer son père et de retrouver la marquise de Ruffec, Augustin va apprendre la vie et les tourments et le sens du devoir avec la confiance de la Convention.
    Toute l'histoire est dense, bien construite et passionnante à lire.
    Nous constatons, une fois de plus, que Gilbert Bordes prend plaisir à parler, à décrire, à donner de la profondeur à certains de ses personnages.
    Je ne suis pourtant pas à l'aise avec les romans qui racontent le large, la mer mais ici les différentes personnalités et leurs rôles me font apprécier cette lecture qui reflète la dureté de l'existence. .
    Ce roman est rempli de belles amitiés, il nous saisit par les valeurs de la vie dont il témoigne, comme la fidélité. Cependant d'autres sentiments moins nobles seront présents, comme les trahisons, la vengeance et la haine.
    Il y a l'évocation de la condition des noirs et le regard des blancs est parfois révélateur de la non-acceptation mais dans ce roman, il n'y a pas de revendication, le racisme n'est pas l'idée principale, elle reflète juste une époque et les idées de cette dernière.

    L'été 1793 fait l'objet de la quatrième partie, qui parle de Paris et de la révolution. La guerre est partout, sur la mer, dans les villes et les campagnes.
    Au sein même des familles, les bourgeois et les pauvres se séparent. La république fait sa politique.
    Augustin durant son épopée va partir et revenir régulièrement en France et donc il vit de loin et de prêt l'évolution de son pays. Il nous raconte sa vision du nouveau monde après avoir connu et vécu l'ancien.
    Le rythme est soutenu dans les 80 dernières pages, dans un Paris en révolution. Et cette dernière partie est faite de retrouvailles, de rebondissements étonnants, et même d'alliance et de fraternité entre ennemis.

    L'écriture de ce roman est fluide, rapide, descriptive, juste ce qu'il faut, permet aux lecteurs de ne pas s'ennuyer, de restés captivés.
    J'apprécie beaucoup cet auteur qui est juste et précis, dans la représentation des émotions et des sentiments de ses personnages. Il sait les rendre intéressants. J'apprécie son style qui fournit des récits vivants mais aussi instructifs au niveau historique et ce, sans lourdeur.
    Tout au long il y a des idées de sacrifice, de travail, de liberté ; l'auteur parle d'amitié et d'amour, de différence, de valeur, de condition humaine....À la fin du roman les anciens accusateurs deviennent des sauveurs, la justice est rendue.
    Ce roman raconte le nouveau monde, la victoire de la république, et de celle d'Augustin, connu et reconnu, en tant que capitaine sur les mers.
    Cependant la dernière partie est précipitée à mon sens, trop rapide dans les événements.

    Je rajouterai un bémol en ce qui concerne le trésor trouvé par M'nongo et Augustin, je trouve que cette partie de l'intrigue la simplifie. Je regrette cette découverte qui procure à Augustin une opportunité facile pour venir en aide aux plus pauvres et aux gens qui l'aiment.

    La navigation tient une place non négligeable dans le récit et moi qui ne suie pas attirée par les histoires marines, elle ne m'a pourtant pas gâché la lecture.

    Les personnages dont certains disparaissent puis, réapparaissent comme dans la vraie vie sont nombreux. Parfois sympathiques, parfois détestables, haïssables et souvent, mystérieux avec des blessures intimes ... Ces derniers témoignent, nous font progresser, nous font avancer et c'est sans doute ce que Gilbert BORDES a voulu nous transmettre. Tous les profils sont réunis pour fournir une psychologie vaste humaine.

    Et puis ce roman peut donner l'envie de voyager, de découvrir des horizons nouveaux, d'éveiller des vocations.
    Il initie un jeune homme à la mer, à la vie, aux voyages, au travail et à lui-même, et il entraîner d'autres personnages qui évolueront et changeront au contact d'un Augustin qui vit sa véritable vocation et va découvrir sa vraie personnalité. Alors oui je pense que ce roman m'a apporté beaucoup car il touche du doigt, la nature humaine, l'humanité, l'humilité et la justice.


    Phrases du roman que je retiendrai :

    « Je pense que l'amitié peut naître entre deux hommes dont les nations sont ennemies. Les sentiments humains ne s'occupent pas des frontières ».

    « Si on se connaissait mieux, si on prenait le temps de parler, de construire ensemble, on ne s’entretuerait pas ».

    BORDES Gilbert, Le porteur de Destins
    BORDES Gilbert, Le chemin de Peyrelongue
    BORDES Gilbert, Le silence de la Mule
    BORDES Gilbert, Le chat derrière la vitre
    BORDES Gilbert, Les Terres brûlantes
    BORDES Gilbert, Juste un coin de ciel bleu
    BORDES Gilbert, Le voleur de bonbons


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  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Février 2015 à 20:20

    J'ai lu plusieurs romans de cet auteur mais je ne sais plus si j'ai lu celui-ci.

    Je suis justement en train de lire "Les colères du ciel et de la terre". C'est long, il y a deux tomes. 

    Bonne semaine; 

    2
    Mardi 17 Février 2015 à 13:29

    Bonjour Philippe, celui que je présente vient tout juste d'être publié.
    Je n'ai pas lu "Les colères du ciel et de la terre,"mais est-ce deux romans du terroir ? Est-ce que tu aimes pour l’instant ?
    Bonnes vacances

    3
    Vendredi 20 Février 2015 à 08:22
    Alex-Mot-à-Mots

    Pas mal de thèmes dans ce roman, en plus du voyage.

    4
    Vendredi 20 Février 2015 à 08:41

    Oui Alex, il est très dense ce roman.

    5
    Manu
    Mardi 24 Mars 2015 à 20:01

    Les vents de la Liberté !


    Merveilleux roman, plein de rêves et d'amour, des voyages sur l'océan remplis de frissons, un très bon retour sur notre histoire.


    La lecture de ce livre devrait être interdite, car c'est comme une drogue, quand on a commencé, on ne peut plus s'en défaire...


    Félicitations à Gilbert BORDES, qui encore une fois m'a agréablement surpris.


    Cordialement.


    Un fidèle lecteur.

    6
    Mercredi 25 Mars 2015 à 05:41

    @Manu, je suis d’accord avec toi, cet auteur est fabuleux. Il sait nous transporter....
    Merci de ton passage.

    7
    Vendredi 17 Avril 2015 à 07:20

    J'aime beaucoup les romans historiques et je peux constater que c'est un auteur auquel tu es fidèle. La période révolutionnaire n'est pas celle qui a fait couler le plus d'encre romanesque (à ma connaissance) mais c'est à coup sûr celle où les passions peuvent être les plus à l'oeuvre. As-tu lu "Les Dieux ont soif" d'Anatole France ?

    Au fait, comment fais-tu pour que des éditeurs t'envoient des livres ?!

    8
    Vendredi 17 Avril 2015 à 12:00

    Coucou Dona Swann, Non je n'ai pas lu "Les dieux ont soif" mais note que je ne suis pas attirée plus que ça par les romans historiques. Gilbert Bordes et ses romans du terroir entre autres, sont des bijoux.

    Pour les éditeurs, je suppose qu'ils regardent les blogs... J'ai été contacté spontanément. Et j'ai participé deux fois au "Match de la rentrée" de Price Minister.

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