• « Wisconsin » de Marie R. ELLIS

     

     

     

     

     

     

     


    Titre : « Wisconsin »
    Auteur: Marie R. ELLIS
    Genre : Roman étranger
    Éditions : 10/18
    Date : 2009
    Nombre de pages : 444

    Quatrième de couverture :

    La famille Lucas vit dans le nord du Wisconsin, belle terre oubliée peuplée d'ouvriers européens immigrés et d'Indiens Ojibwés.
    John, violent et alcoolique, passe son temps dans les bars, quand il ne s'acharne pas sur sa femme et ses enfants. L'aîné, James, lassé des frasques paternelles, s'engage pour le Vietnam. Il ne reviendra pas, laissant son jeune frère Bill à ce sombre quotidien. Seuls les Morriseau veillent de loin et le soutiennent pendant le périlleux passage de l'enfance à l'âge d'homme. Mais au cœur de cette nature immuable et splendide qui panse les blessures et apaise les peurs, ce qui reste d'amour donne doucement la force de survivre.

    Mes impressions :

    L'histoire se situe en 1967, alors que la guerre au Vietnam va faire des ravages en perte humaine, et se termine en 2000. 
    En 1967 Bill alors âgé de 8 ans, voit son frère partir au front. En effet, pour échapper à la tyrannie, la violence et l'alcoolisme de son père, il s'enrôle dans les Marines et laisse seuls sa mère et son jeune frère.
    Ce départ, va réveiller des angoisses, des peurs, il révèle les cœurs et le passé.
    Leurs voisins, Ernie et Rosa, sont très proches des deux garçons et ils les entourent d'amour et de tendresse comme s'ils étaient leurs propres enfants. Ils reportent l'affection sur ces deux garçons puisqu'ils n'ont pas eu la chance et le bonheur d'en concevoir et ce manque est palpable.
    Une fois James parti, le quotidien de Bill et de sa mère se passe difficilement et chacun attend patiemment mais avec ferveur les lettres de James, dans lesquelles il raconte un quotidien souvent nuancé de la guerre pour ne pas les inquiéter. Mais un jour, deux personnels d'armée dont un prêtre, viennent frapper à la porte de la famille Lucas et leur apprend que leur fils et frère est « porté disparu au combat », terme qui désigne que le corps n'a pas été retrouvé mais qu'il n'a probablement pas survécu à une offensive de l'ennemi. Le terme « probablement » prend tout son sens, ici car que ce soit Ernie, Rosa, Claire ou Bill, ils n'arrivent pas à croire à la mort de James, et au fond d'eux mêmes ils attendent son retour, mais des années après, le fantôme rode encore dans la prairie.
    J'ai beaucoup aimé le style de Ellis, et la façon dont elle a construit son roman. Chaque personne tour à tour, narre son vécu et sa façon de ressentir les choses. Ainsi un même événement sera perçu différemment selon Ernie, Rosa, Claire, Bill et James
    Les descriptions de la guerre sont en juxtaposition avec le calme de la vie à la ferme.
    Les images décrites sont difficiles et tragiques. James explique la dureté de la guerre et son témoignage est appuyé par le vécu d'Ernie, qui lui même a participé à la seconde guerre mondiale et de sa femme qui elle était infirmière dans l'armée. Souvenirs de Guerre de deux générations différentes, mais qui auront les mêmes conséquences, beaucoup de pertes humaines et des personnes traumatisées par ce qu'elles ont vu et vécu.
    Le père John est pratiquement inexistant. James est le fantôme réel alors que le père est le fantôme effectif, puisqu'il travaille et ne pense qu'à s'enivrer au bar. Il est laxiste et sa famille vie sans lui; mais de temps en temps il revient à la ferme encore plus violent à chaque fois.
    Du reste on découvre en même temps que Bill et sa mère, la trahison et les mensonges de ce père absent, il n'a pas toujours dit la vérité quant à son passé dans l'armée et l'acquisition de ses médailles.
    Claire est terrassée par la « disparition » de son grand fils, elle parle seule, devient « folle », n'admet pas son absence.
    James, est-il vraiment mort et sinon pourquoi ne revient-il pas, après 15 années une foi la fin de la Guerre proclamée ?.
    Il hante les esprits, sans qu'aucun des personnages n'en parlent ouvertement. D'ailleurs dans ces deux famille, les silences font légion.
    Bill ainsi que sa mère sont très attachants, ils m'ont émue aux larmes, ils sont vrais, entiers, forts et fragiles à la fois.
    Lorsque sa mère perd pied, Billy va l'aider à surmonter et les rôles s'inverseront, il la soutiendra, il lui préparera à manger, lui fera sa toilette, telle une mère le ferait pour ses enfants.
    Le fantôme de James, qui plane ainsi que le passé de chacun des personnages que nous découvrons peu à peu, au fil des pages, est singulier et apporte une dose de suspense indéniable. Leurs histoires personnelles sont marquées par des drames et des souffrances innommables. Ce roman est à la fois un roman historique, une fiction, dans lequel, l'amitié, l'amour, la fraternité ont une place importante. Avec une rare intensité émotionnelle l'auteur nous fait un cadeau majestueux, rempli d'humanité et de sensibilité.
    Le Wisconsin est dépeint, grandiose, tel une entité sauvage.
    Les paysages naturels sont tels des tableaux dont on ne peut écarter les yeux.
    Les personnages vivent de l'intérieur, ne parlent que très rarement de leur sentiments qu'ils enfouissent et qui finissent par les ronger de l'intérieur.
    Ils ravalent leurs souffrances et leurs cassures souvent par peur du quand dira t-on.
    Les voisins si aimables, seront souverains grâce à leur patience; ils vont aider un fils et sa mère à relever la tête et à dépasser l'absence de James.
    Peu à peu Bill qui avait sombré dans l'alcool comme son père, parviendra à force de courage à s'en passer et réapprendra à vivre. Il n'en reste pas moins que Rosa et Ernie sont eux aussi énormément affectés par le départ et la mort de James. 
    Tout au long du livre, les douleurs des uns et des autres, s'emmêlent et s'imbriquent, ne sont t-elles pas toutes liées à l'absence, aux départs et à la solitude ?. 
    Un livre coup de cœur qui ne laisse pas indifférent et qui déploie une énergie et des émotions d'une rare intensité. 
    Je n'ai pas pu décrocher de ce livre si intense et si bien écrit !
    Une fois refermé, les lecteurs sans doute continueront d'en être imprégnés et de se souvenir de ces familles qui malgré la souffrance et les douleurs présentes vivaient simplement au côté de la nature.


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