• « Les lisières » d'Olivier ADAM

     

    Titre : « Les lisières »
    Auteur : Olivier ADAM
    Genre : Roman
    Éditions : J'ai lu
    Année : 2012
    Nombre de pages : 506

    Quatrième de couverture :

    Tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence : sa femme l'a quitté, ses enfants lui manquent, son frère l'envoie s'occuper de ses parents, son père ouvrier s'apprête à voter FN et le tsunami ravage le Japon, son pays de cœur. De retour dans la banlieue de son enfance, il n'aura d'autre choix que se tourner vers son passé pour comprendre le mal-être qui le ronge. Comment devient-on un inconnu aux yeux de ses proches ? Comment trouver sa place clans un monde devenu étranger ?

    Mes impressions :

    Manon et Clément sont les deux enfants de Sarah et de Paul, divorcés il y a peu ; Paul a du mal à se convaincre que leur vie commune ne pourra plus reprendre. Ils partagent la garde des enfants.
    Il est écrivain et Sarah travaille en milieu hospitalier auprès d'enfants.
    Elle a demandé le divorce parce que Paul était taciturne, se réfugiait dans la solitude, ne partageait pas souvent la vie familiale et il avait tendance à boire trop d'alcool.
    À 10 ans, il a même fait une tentative de suicide.
    Elle voit depuis peu un autre homme.
    Après avoir lu les premières pages, j'ai ressenti ce livre comme une ébauche du sens de la vie et des relations et plus j'avançais, plus je me disais que ce livre est beaucoup plus profond que cela.
    L'auteur au début raconte comment il perçoit son existence et la vie en général, il l'a décrit glauque. La volonté de l'auteur est-elle de faire partager ses constats et planter le décor de son roman qui se veut un ensemble sociologique, politique ?, où étudie-t-il les relations humaines, familiales, amicales etc ?....
    Je considère ce roman comme un début de thérapie pour l'auteur, comme un besoin de s'exprimer sur sa vie intime et sur la vie sociétale pour mieux les appréhender. Où en est-il ? Où en sommes-nous ?
    Paul est en difficulté, il traîne son mal de vivre partout !, est-ce que ses douleurs existentielles et/ou la relation à ses parents en sont la cause ? Il va tenter de comprendre. De faire un retour sur sa vie.
    Il subit la vie tel un fardeau, un éternel recommencement, un passage obligé rempli d'embûches.
    Il est au bord de sa vie, aucun horizon ne se dessine si ce n'est l'espoir d'un retour chez lui avec sa femme et ses enfants.
    Paul est tourmenté, il regarde autour de lui et nous raconte ce qu'il voit.
    Sincèrement au début je l'ai trouvé attachant car moi-même me suis posée la question du sens de la vie comme beaucoup d'entre nous, je suppose. Paul parvient à mettre des mots sur son mal-être diffus sans en connaître les causes. Il parle de sa dépression, une Maladie avec un M majuscule qui l'amène à des dépendances nocives.
    J'avoue partager la plupart des sentiments de l'auteur, le côté négatif de la vie prend son sens à un moment ou un autre de notre existence.
    J'ai trouvé qu'il se pose souvent en victime, jusqu'à ce que sa mère lui fasse une révélation qui va tout changer de son questionnement.
    La difficulté de vivre qu'il traîne est intense, le retour dans sa ville celle où il a grandi va l'aider à mettre des mots sur ses maux. Il va seconder et soutenir son père, sa mère a été opérée et elle est à l'hôpital ; le temps de sa présence (10 jours) il s'occupe de son père sur le point de voter FN, rend visite à sa mère et retrouve quelques connaissances. Beaucoup de ses souvenirs de son enfance lui reviennent.
    Son père est froid avec lui, il l'a toujours été, même quand lui et François son frère étaient enfants.
    Il a des idées bien arrêtées, il est plutôt raciste et a des façons bien à lui de penser le travail, la carrière. Sa mère semble être moins directe dans ses analyses et ses positions. En ressortent tout de même quelques clichés sur cette génération-là.
    Paul semble désœuvré, quitté par la motivation.
    Il pose un regard d'abord intime puis généralisé sur le monde dans lequel on vit.
    Il est amoureux du Japon et le drame de Fukushima qui vient d'avoir lieu l'influence dans sa manière de penser et son empathie.
    Il vit au présent mais son esprit se promène dans le passé. Il se replonge dans le passé, à la recherche de réponses, dans le but de comprendre le présent, il vit dans l'espoir d'une délivrance. D'où vient son mal de vivre ?. Il raconte ses errances dans sa ville et les retrouvailles avec des membres de sa famille, des collègues de collège, de lycée, ses premières amours et amitiés.
    On le sent désabusé, meurtri, incertain : « Et si j'avais été différent, les choses auraient-elles aussi différentes ?»
    Il revient sur la relation à son père , passée présente et future. Reste une incompréhension face au choix politique entre autres de celui qui l'a élevé.
    Il décrypte également l'affaire Fukushima, ce drame nucléaire qui a fait de nombreux morts au Japon et qui promet un futur plus que difficile à une partie de la population.
    Mais également il s'interroge sur le rôle de la presse, des médias , dans la vie des écrivains...Quels buts devraient-ils avoir ? Celui de faire découvrir l'auteur à des lecteurs ou bien influencer ces lecteurs sur l'auteur lui-même et sur sa vie ?
    Il n'est pas soutenu : ses parents, ses proches dénigrent son métier. Il n'y a aucune reconnaissance. Ils n'en saisissent pas l'intention en général ni le contenu des livres de Paul en particulier, ni ses états-d'âmes qu'ils trouvent trop personnels, trop intimes pour les dévoiler sur du papier ; mais au fond on sent que le manque de communication et les non-dits sont la clé de voûte qui fait qu'ils ne se comprennent pas ! La relation à ses parents a toujours été toute en retenue, aucune tendresse, aucune affection , aucune démonstration .

    Ce roman j'ai envie de dire autobiographique est intimiste. L'auteur introduit des sujets graves (catastrophe humaine) des sujets politiques, socio-économiques et faits sociétaux.
    En parlant sur les lieux de vie comme les banlieues résidentielles ou celles plus modestes, sur le vote extrémiste, sur les conflits de pensées intergénérationnelles, l'auteur fusionne le singulier au général.
    La société a ses codes en fonction des origines de chacun.
    Certaines de ses réflexions sur la dépression font écho en moi, les malades se reconnaîtront dans l’identification des symptômes. Il est lucide et pourtant incompétent à s'en sortir seul.
    Il est rongé de l'intérieur, il a recours aux artifices pour tenir le coup ; sa dépendance à l'alcool est souvent sa seule béquille. Ses proches lui font payer ses éloignements kilométrique et relationnel.
    Et puis il y a la solitude, la sienne mais pas seulement, celle de ceux qu'ils croisent. Et celle de sa mère qui peu à peu on le devine est atteinte de la maladie d’Alzheimer ; mais que dans la famille on tait pour ne pas s'effrayer, pour fuir la réalité et reculer le temps qui passe.
    Toutes ces confrontations vont aider Paul à se reconstruire, ou du moins a entrevoir des interstices, en se posant les principales bonnes questions.
    Certaines de ses réflexions font écho en moi, elles sonnent juste. Et le fait de les compléter par des faits divers, des pensées précises ou plus générales lui permettent de dresser un peu le bilan santé du monde, de la société, ici ou ailleurs, pour en arriver à se demander si c'est lui qui va mal ou bien le monde .
    Le titre en lui-même parle : Les lisières ici sont celles des choix professionnels, du milieu social dans lequel on naît et qui peut limiter nos propres agissements, ou choix politique. Voici pour les thèmes généraux. Puis il y a les lisières intimes de Paul qui sont ses amitiés, sa famille, les rapports qu'il entretient avec les siens et les anciens amis retrouvés dans la région de son enfance. Et son histoire d'amour avec Sarah et ses enfants.
    Il a une fragilité mentale qui le rend dépressif, et puis il y a le temps qui passe avec les choix qu'il a fait qu'ils soient familiaux ou professionnels ou amoureux. Il organise sa vie comme il peut et non comme il veut Les mots choisis par l'auteur montrent sa finesse d'analyse. Il fait état des lieux et des relations intergénérationnelles, familiales etc....
    Tout au long du roman l'auteur ressent la vie, le monde, il décrit, s'interroge, constate ; le passé se mêle au présent. Et l'ensemble est vraiment réaliste, ses idées sont pertinentes. Le regard qu'il pose sur les choses de la vie est stupéfiant mais cela est rassurant quant à sa Maladie, parce qu'il n'est pas à l'origine de tout mais la société est aussi en partie responsables des difficultés, des siennes et de celles des gens plus ou moins fragiles.
    Tout le monde peut faiblir à tout moment, la vie est une lutte, une continuelle remise en question.
    Olivier Adam approfondit l'existence ; il explore et analyse les sentiments, les émotions vraies, le monde qu'il décrit presque toujours sans demi-mesure, il prend l'espoir à contre-pied.
    Un roman fort , intense et d'un réalisme complètement assumé. L'intime ici n'est pas pathétique.
    Beaucoup de lecteurs pourront trouver échos dans les constats de l'auteur et poser un regard crédible authentique sur la société et le monde.

    Autre roman d'Adam sur ce blog : À l'abri de rien

    Sur les lectures de Mélusine, aller sur cette page

     


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  • Commentaires

    1
    Phildes
    Vendredi 11 Octobre 2013 à 20:55

    Un livre que je rencontre souvent sur les blogs. Un auteur que je n'ai pas encore découvert. Un de plus sur ma longue liste d'auteurs à lire.

    Bon weekend. 

    2
    Samedi 12 Octobre 2013 à 08:19

    Oui il écrit bien, c'est vrai que tu devrais le "rencontrer". J'ai personnellement commencé par "Des vents contraires", ce livre m'a bouleversée, tant, que je suis allée voir le film tiré du livre. Bon week-end à toi.

    3
    Lundi 14 Octobre 2013 à 10:48
    Alex-Mot-à-Mots

    Un auteur que j'ai un peu délaissé. Tu me donnes envie de découvrir ce texte.

    4
    Lundi 14 Octobre 2013 à 17:25

    Tant mieux si ma chronique te donne envie de découvrir de nouveau cet auteur.

    5
    Lundi 28 Octobre 2013 à 19:38
    laeti (hist. de livr

    Pour moi ce livre a été un coup de coeur! Je vois que toi aussi tu l'as apprecié ^_^

    6
    Mardi 29 Octobre 2013 à 08:38

    Ah oui beaucoup !  Je trouve qu'Olivier ADAM sait faire passer les émotions.

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