• l'elixir d'amour de EES

     

    Titre : « L'élixir d'amour »
    Auteur : Eric Emmanuel SCHMITT
    Genre : Roman
    Éditions : Albin Michel (Ebook)
    Année : 2014
    Nombre de pages : 126

    Quatrième de couverture :

    « L’amour relève-t-il d’un processus chimique ou d’un miracle spirituel ? Existe-t-il un moyen infaillible pour déclencher la passion, comme l’élixir qui jadis unit Tristan et Yseult ? Est-on, au contraire, totalement libre d’aimer ? »

    Anciens amants, Adam et Louise vivent désormais à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, lui à Paris, elle à Montréal. Par lettres, tout en évoquant les blessures du passé et en s’avouant leurs nouvelles aventures, ils se lancent un défi : provoquer l’amour. Mais ce jeu ne cache-t-il pas un piège ? »

    Mes impressions :

    Ce livre est exclusivement composé d'échanges épistolaires entre deux amants qui se sont aimés passionnément pendant 5 ans, au bout de cette période, ils se sont séparée, lui est resté sur Paris et elle est allée se reconstruire à Montréal. Lui ne peut envisager de couper leur lien complètement alors il lui propose une correspondance qu'elle accepte....mais elle refuse dans un premier temps une relation amicale car on la sent encore très attachée à Adam. Elle vit très mal leur rupture. Lui vit de plaisir charnel qu'il différencie du véritable amour. Une amitié pour lui est de l'amour non polluée par la chair.
    Leur amour avait pris naissance à l'Opéra de Paris, le soir où l'on y jouait "L’élixir d'amour"... alors on comprend facilement l'objet du titre.
    Adam est psychanalyste à Paris alors que Louise est une juriste.
    Dans sa première lettre Adam propose son amitié à Louise, amitié qu'il qualifie de "relation pure, exemplaire, lumineuse, puisque non polluée par la chair", amitié que Louise refuse...

    Eric-Emmanuel Schmitt disserte sur l'amour, la passion, le désir, celui de la chair, sur l'amitié, l'infidélité, la séparation, la souffrance, le sexe. Cette correspondance a souvent le ton du reproche et de la souffrance. Ils méditent, s'encouragent, se confient, se conseillent, se défient , ils comparent leur propre vision de l'amour et les relations entre hommes et femmes en généralité, d'ailleurs lui rencontrera Lilly, une collègue à Louise et elle, dit avoir rencontré Brice...
    Avec poésie, et philosophie, dans ce livre le sentiment amoureux y est bien analysé. D'où vient-il ? Comment naît-il ? Existe-t-il un élixir d'amour ? Adam croit l'avoir trouvé dans le transfert entre le psychanalyste et le patient.

    Eric-Emmanuel Schmitt examine, tente de comprendre la complexité du jeu de la séduction , des sentiments et des émotions qu'il entraîne et même sur la longévité du sentiment amoureux.

     Je reste, quand même un peu déçue par ce roman car, je n'y ai pas trouvé ce que je recherchais, il est un peu pompeux par moments et je trouve qu' Eric-Emmanuel Schmitt, écrit de façon différente à chaque fois dans chacun de ses livres, et dans des registres différents également. Les thèmes sont souvent divers mais celui de l'amour y est toujours présent.

    La tectonique des sentiments
    La rêveuse d'Ostende
    Odette toulemonde
    Oscar et la dame en rose
    Le sumo qui ne pouvait pas grossir
    Monsieur Ibrahim et les fleurs de Coran  
    Milarepa


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  • Comment va la douleur de Pascal GARNIER

    Titre : « Comment va la douleur »
    Auteur : GARNIER Pacal
    Genre : Roman
    Éditions : Zulma
    Année : 2006
    Nombre de pages : 192

    Quatrième de couverture :

    On ne saurait dire pourquoi l’univers de Pascal Garnier nous est si proche. Pourquoi il nous envoûte avec des histoires plutôt simples, des personnages a priori ordinaires et malmenés par la vie, des mots familiers et des silences qui le sont encore plus.
    Ainsi Bernard, crétin solaire qui pose sur le monde un doux regard écarquillé. C’est ce qui séduit Simon, le cynique et élégant Simon, « éradicateur de nuisibles » en préretraite, autant dire tueur à gages au bout du rouleau. La rencontre a lieu à Vals-les-Bains. Et le hasard fait bien les choses : Simon a de l’argent, et Bernard, tout son temps. Il sera son chauffeur pour sa dernière mission…

    Avec affection, on range les romans de Pascal Garnier au panthéon de nos auteurs d’atmosphère. Entre Simenon et Hardellet. Entre tendresse et cynisme, réalisme et humour désenchanté. Dans Comment va la douleur ? on retrouve cette façon si singulière et si attachante qui comme un miracle réjouit le cœur et fait du bien à l’âme.

    Mes impressions :

    Le titre évoque une légende d'Afrique. Il dit la vie avec ses souffrances, ses peines et quand elles sont là, si on ressent la douleur alors on est vivant, les gens se saluent ainsi, en se demandant comment va la douleur.

    Le récit commence par une parenthèse, un homme utilise une corde à sauter pour se supprimer et se pendre. Il s'agit de Simon....
    Bernard lui est un jeune homme plutôt gentil, fidèle, naïf....
    Flash-back et retour en arrière, sur leur premières rencontre qui donneront plus tard quelques scènes mémorables.
    Ces deux principaux personnages sont étonnamment étranges. Ils sont haut en couleur, discrets (tout est relatif), psychologiquement troublés.
    Ici l'histoire est concentrée sur trois personnages, Bernard est un peu désœuvré, naïf, il est solitaire mais s'occupe bien de sa mère Anaïs qui aime trop le rhum. Elle n'a jamais été trop présente pour lui quand il était enfant, elle était plutôt dans la création d'entreprise, le commerce, mais aucune n'a rencontré le succès...et puis il y a Simon, un exterminateur de nuisible et nous comprendrons plus loin quelle est la véritable nature de sa profession...et sur leur chemin, viendront, Fiona, maman célibataire, en attente de vie meilleure et sa fille Violette.
    Les deux hommes vont brièvement tenter de concevoir une relation père-fils dont ils ont été privés.
    Bernard imagine que Simon pourrait être le père qui lui a fait défaut. Simon, vieil homme blasé, désabusé, revenu de tout, déçu, malade sera l'homme providentiel.
    Simon demande à Bernard d'être son chauffeur pendant deux jours, pour une dernière mission alors à bord de leur voiture, allant vers le sud, ils vont passer du temps ensemble et apprendre à se découvrir, à partager.
    Ces deux hommes forment un tandem atypique, non conventionnel, ils ont un caractère opposé.
    Simon est heureux d'aller voir la mer, qu'il n'a jamais vue. Et il le manifeste, j'aime son côté naturel.
    L'auteur nous raconte une partie de leur histoire, avec un humour noir, parfois incisif. Il nous narre leur histoire dans la forme peu ordinaire mais dans le fond elle se confond avec d'autres.
    Malgré tout ils sont très attachants et peu importe d'où ils viennent et ce qu'ils font.
    Cette route qu'ils parcourent ensemble leur apporte bien des surprises, parfois belles pour l'un mais parfois pénibles pour l'autre; d'ailleurs ils ne sont pas toujours d'accord sur les dispositions à prendre surtout avec Fiona, Violette, et puis Rose, taxidermiste belge.
    Fiona est donc l'une des figures féminines qui va entrer dans leur vie et donc avec elle viendra le temps de l'amour...Elle aspire à la liberté. Bernard pourra t-il le lui apporter ?

    Le lecteur vit au rythme des aléas des personnages, de leur aventure parfois curieuse et rocambolesque et de leur amitié.
    J'ai vraiment aimé les personnages tellement émouvants. Emplis de désespoir que l'auteur transforme en humilité et humanité.
    Ce roman a des notes de polar mais n'en est pas un.
    Les descriptions sont justes, ce qu'il faut pour se laisser porter par l'histoire avec clarté et pour s'imaginer les scènes singulières voire troublantes, hors du commun.
    L'humour noir est si bien utilisé que cette histoire nous emporte vers un autre horizon, où le mélange des genres est une réussite.
    La fin est plus prévisible que celle du roman précédemment lu « Cartons » ; mais elle reste néanmoins percutante.
    Je conseille donc ce roman et persiste à dire que la plume de cet auteur est sans pareille !


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  • Cartons de Pascal GARNIER

    Titre : « Cartons »
    Auteur : Pascal GARNIER
    Genre : roman
    Éditions : Zulma
    Année : 2012
    Nombre de pages : 183

    Quatrième de couverture :

    Roman à titre posthume, ça commence par un déménagement,- morceau de bravoure anthologique-qui d'une certain manière est le sujet du livre : Brice quitte son appartement lyonnais pour une grande maison, entre un bourg et une route nationale. Mais il se retrouve sacrément seul, au milieu des cartons, dans une vieille bâtisse, où soufflent les mémoires mortes. Les évocations d'Emma, son épouse en reportage à l'autre bout du monde l'attente d'un appel improbable, ou la rencontre avec Blanche, une étrange femme-elfe, sorte de spectre de l'enlisement provincial, ponctuent cette dégringolade dans l'enfer des cartons.

    Mes impressions :

    En refermant la livre, je retourne de suite à la médiathèque voir si un autre du même auteur est disponible... Ce n'est pas que j'ai des idées macabres puisque ce roman s'inscrit dans la douleur, les pertes, et les deuils mais il est magnifiquement écrit et l'auteur m'a convaincue. Il signe là un livre saisissant, troublant..

    L'histoire commence ainsi, un homme d'une cinquantaine d'années déménage, il a acheté avec sa femme journaliste une grande maison à la campagne, loin des tourments des grandes agglomérations. Il a fait les cartons et quitte alors sa ville et va vers cette nouvelle vie...
    Seulement il y a l'absente, sa femme Emma, qui est partie en reportage journalistique à l'autre bout du monde. En l'attendant, il va s'occuper d'aménager sans cesser d'attendre un appel de l'élue...
    Il se rappelle, il a rencontré Emma, âgée de 30 ans dans une galerie d'art lors d'un vernissage. Lui, Brice est illustrateur pour livres de jeunesse entre autres. Trois mois après leur rencontre, ils se marient et vivent des moments heureux. Mais il se pose souvent la question de savoir pour quelles raisons, elle l'a choisi lui ! Il est plus vieux, fatigué et n'a rien d'un Don Juan.
    Il a plutôt une vie d'artiste, dissolue, elle, elle est belle, talentueuse...
    Quand il arrive dans cette nouvelle demeure qu'il trouve trop grande, il fait une introspection de sa vie en découvrant peu à peu le contenu des cartons...
    Emma parcourt le monde mais depuis quelque temps elle ne donne plus de nouvelle... Brice continue d'espérer un appel qui ne vient pas. Le lecteur peut imaginer alors que cette belle jeune femme l'a quitté pour une aventure ou un homme plus jeune que lui...
    Lorsque les parents d'Emma prennent contact par téléphone avec Brice, la vérité douloureuse à propos de cette absence, éclate. C'est un premier rebondissement, un mystère à demi-éclairci.
    Et puis il y a Blanche, une jeune femme frêle que l'on sent meurtrie, touchée par des événements dramatiques passés, Elle aborde Brice et une étrange relation naît entre eux deux. Ils se parlent, commencent à passer du temps ensemble et on sent qu'ils s'apprécient, mais pas pour les mêmes raisons, lui comble une certaine solitude, dans cette maison il se sent seul, et elle voit en Brice, son père parti trop tôt, car il y a une ressemblance troublante avec ce dernier.

    L'auteur (décédé en 2010) est un génie dramatique ; Sa verve, son style, est singulier, il mêle l'humour aux drames de ses personnages et laisse le lecteur curieux de découvrir la suite …
    Le ton stylé de la narration est captivant parce que à aucun moment on ne s'ennuie, l'écriture est limpide, touchante, émouvante. Quand l'auteur décrit la maison et les contenus des cartons de Brice et qu'on les découvre avec lui, on se sent chez nous. Brice raconte des souvenirs de sa vie d'avant, il relate des moments heureux, des instants plus malheureux, des anecdotes, mais il ne s'appesantit pas ; Blanche également reste obscure voire insaisissable.
    Dans ce roman le thème principale est la « place » celle que l'on prend et celle qu'on occupe dans l'existence de quelqu'un d'autre
    Il est construit aussi autour de mystères, de doute, et de fantômes, ceux des êtres qui nous manquent et les fantômes du passé. Les défunts et le passé reprennent vie à travers le récit.
    On traverse les douleurs respectives de Brice et d'Emma, on s'attache, on a envie de les soutenir, ils sont pudiques mais on comprend leur souffrance dans les silences.
    Au fil des pages, on en apprend un peu plus sur leur triste passé proche ou plus lointain, on comprend leur attente.
    Ils vont tenter de se reconstruire, mais ils agiront différemment, ils n'auront pas les mêmes aspirations, les mêmes désirs et c'est là que le roman s'envole...
    Ils tentent chacun de continuer à avancer malgré tout et au lieu de se fixer sur le pourquoi ils apprennent et tentent de faire avec le comment, comment survivre, comment surmonter, comment ne plus occulter ?.
    Je suis profondément marquée par ce récit. Il est plein de charme et de délicatesse. Il est écrit avec pudeur et humilité.
    Les personnages principaux sont touchants par leurs excentricités, leurs défaillances, leurs façons d'être et/ou de concevoir les absences et les pertes mais également par leurs tragédies vécues.
    La fin très triste est précipitée par les événements, elle signe là la chute du roman ; au sens propre comme au figuré.

    Un livre au final bouleversant.


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  • Le liseur de 6h27 de Didierlaurent


    Titre : « Le liseur du 6h27 »
    Auteur : Jean-Paul DIDIERLAURENT
    Genre : Roman
    Éditions : Au diable Vauvert
    Année : 2014
    Nombre de pages : 217

    Quatrième de couverture :

    «Peu importait le fond pour Guylain. Seul l'acte de lire revêtait de l'importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois, la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un peu de cet écœurement qui l'étouffait à l'approche de l'usine.»

    Guylain Vignolles est préposé au pilon et mène une existence maussade et solitaire, rythmée par ses allers-retours quotidiens à l'usine. Chaque matin en allant travailler, comme pour se laver des livres broyés, il lit à voix haute dans le RER de 6H27 les quelques feuillets qu'il a sauvé la veille des dents de fer de la Zerstor 500, le mastodonte mécanique dont il est le servant.
    Un jour, Guylain découvre les textes d'une mystérieuse inconnue qui vont changer le cours de sa vie...

    Dans une couleur évoquant le cinéma de Jean-Pierre Jeunet ou la plume ouvrière de Jean Meckert, Jean-Paul Didierlaurent signe un premier roman qui nous dévoile l'univers d'un écrivain singulier, plein de chaleur et de poésie, où les personnages les plus anodins sont loufoques et extraordinaires d'humanité, et la littérature le remède à la monotonie quotidienne.

    Mes impressions :

    Malgré un départ un peu lent ce petit livre est rempli de bonnes surprises et m'a laissé au final un goût de plénitude.

    Ce roman qui fleure bon la tendresse nous emmène dans l’univers de Guylain Vignolles, fonctionnaire qui travaille dans une usine ; la STERN : Société de Traitement et de Recyclage Naturel. Sa profession consiste à faire fonctionner une broyeuse de livres, au curieux nom de Zerstor 500, l'origine de cette appellation nous sera d'ailleurs expliquée. Cette broyeuse, aplatie, pile, écrabouille, déchire, hache, lacère, déchiquette, malaxe, pétrit, ébouillante, les invendus, les livres qui n'ont pas fait l'unanimité, les vieux, les usés, ceux qui n'ont pas trouvé place sur une étagère familiale, ou qui ont été tirés en un trop grand nombre...Ils vont laisser la place aux nouveautés et quelques-uns de ces derniers sans aucun doute iront rejoindre leurs prédécesseurs, triste sort. Cette pratique ne laisse pas insensible Guylain qui ressort souvent de ses journées de travail à l'agonie, jusqu'à la nausée.

    Pourquoi ce titre de livre ? Parce que Guylain est le liseur , « ce type étrange qui tous les jours de la semaine, parcourait à haute et intelligible voix les quelques pages tirées de sa serviette. Il s'agissait de fragments de livres sans aucun rapport les uns avec les autres …/... peu importe le fond pour Guylain. Seul l'acte de lire revêtait de l'importante à ses yeux »

    Dans son petit monde il y a le gardien, Yvon Grimbert petit homme passionné par les livres qui déclame et récite à longueur de journée des tirades littéraires, des alexandrins....
    Félix kowalski qui est le patron, un être sans pitié, avisé, aviné et sadique.
    Brunner Lucien l'apprenti, est un jeune homme de 25 ans, révolté, arrogant, dédaigneux et condescendant.
    Et puis il y a Giuseppe, l'ami qui a eu un grave accident avec Zerstor 500, désormais handicapé.
    Guylain vit seul avec son poisson rouge Rouget-de-Lisle.

    Chaque matin en allant à l'usine, dans le RER il sort de sa sacoche quelques feuillets dont il a réussi à extirper de la broyeuse et en lit le contenu aux voyageurs attentifs.
    Il donne à ses lignes oubliés, une seconde vie, une seconde jeunesse comme il le fera avec les sœurs Monique et Josette Delacôte qui viennent vers lui un jour pour lui demander un service....
    Ces personnages sont singuliers, parfois curieux, et l'auteur nous les décrit précisément. Si certains sont exécrables d'autres sont très attachants, comme Guylain.
    Il est prévenant, gentil, il a bon cœur. Même son isolement ne le laisse pas aigri.
    Et puis un matin l'amour va entrer alors dans sa vie de façon particulière mais je n'en dirai pas plus au risque d'enlever toute la magie aux futurs lecteurs....

    Ce livre s'adresse surtout aux amoureux des livres mais pas que !. Avec chaleur et une tonalité toute douce, l'auteur nous plonge dans un conte actuel, contemporain, où l'isolement est le maître mot.
    Mais cette solitude de tous les personnages, va éclater pour laisser libre cours à la fantaisie.
    Le récit prend une tournure inattendue joviale au quart du roman et j'ai apprécié ce changement de rythme.
    Que nous dit ce roman ? Que rien n'est figé, chaque jour peut apporter son lot de petites satisfactions. Soyons attentifs.

    Je le referme avec un sourire aux lèvres, me disant que la vie parfois peut prédire d'agréables promesses et faire de belles surprises, même si au départ, rien ne prédisposait à une telle conclusion. Il fleure bon la tendresse.
    Il se termine sur une note émotive, douce et pleine d'espoir. Il réconcilie avec la vie.
    Ce roman est émouvant car il fait appel aux relations, à l'humanité, aux simplicités de la vie qui peuvent parfois nous chambouler.

    À lire sans modération, d'autant plus que ce texte est assez court et on s'y laisse embarquer.

     


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  • Si tu existes ailleurs de Thierry COHEN

    Titre : « Si tu existes ailleurs »
    Auteur : Thierry COHEN
    Genre : Roman
    Éditions : J'ai lu
    Année : 2013
    Nombre de pages : 379

    Quatrième de couverture :

    " Tu vas mourir du coeur en même temps que cinq autres personnes. " Telle est l'étrange phrase que prononce un jour Anna, la nièce de 3 ans de Noam Beaumont. Noam, célibataire de 35 ans, torturé par un drame d'enfance, veut comprendre cette prédiction. Il rencontre une psychologue éprise de mysticisme qui lui confie que selon une théorie, " la prophétie des innocents ", l'enfant a peut-être révélé une vérité. Dès lors, une course contre la montre s'ouvre pour Noam ; trouver les cinq autres personnes pour comprendre ce qui les lie dans ce funeste destin. Une aventure qui le conduira là où la vie peut prendre fin... et où l'amour peut renaître.

    Mes impressions :

    1981 : Prologue, un enfant et sa mère vont au parc, la maman est fatiguée et préférerait rentrer mais le petit garçon insiste ; Lui ne veut pas entendre, il la tire par la main, au moment de traverser la route, l'accident a lieu, la mère est fauchée par une voiture.
    L'enfant se retourne et se demande ce qu'il se passe car il n'a pas assisté à la scène, sa mère était derrière lui. Il entend une femme dire «  c'est la faute de l'enfant ».
    Cette phrase restera imprégnée dans l'inconscient de l'enfant.

    1993 : L'enfant prénommé Noam, suit une psychothérapie avec Me Laurens, qui se terminera cette année-là. C'est aussi la fin de l'année scolaire, l'année du BAC et c'est aussi la rencontre avec Julia, son premier amour.

    Son père ne s'occupe plus de lui depuis l'accident, il est malade et est tombé dans l’alcoolisme. Malgré cela l'enfant a fait des études brillantes.

    Julia part à New-York, elle met un terme à leur relation. Lui en souffre mais elle lui demande de ne pas l'attendre et que « la lucidité est une arme contre la souffrance ».

    2011 : « Chaque être est la somme de ses souffrances ».

    À 30 ans passés, l’existence de Noam n'a été qu'attente ; il essaie de faire un cahier de confidences comme lui avait suggéré Me Laurens. Il y note ses impressions, son mal de vivre, son obsession de la mort, la sienne et celle des autres.
    Mais il ne parvient pas vraiment à poser des mots sur ses maux. Il subit sa vie. Il en est spectateur et non l'acteur, par crainte de s'engager par crainte de vivre.
    Elisa sa sœur, est mère célibataire, elle insiste pour qu'il aille voir son père à l'institut où il est placé depuis qu'il perd la mémoire, mais lui refuse ; il s'est senti mal aimé, abandonné, il fait des crises d'angoisse la nuit.
    Samy est son seul collègue de travail le seul confident puisque ces activités se limitent à son travail et à des rencontres d'un soir ; il ne s'investit, ses relations sont toutes futiles.
    Anna, la fille d'Elisa lui prédit un soir un avenir mystérieux, « Tu vas mourir du cœur le même jour que personnes ».

    Nous découvrons au fil des pages, les 5 personnes :

    D'abord, il y a une jeune femme qui l'observe alors qu'il est dans un café avec Samy ; elle sait qu'elle et lui sont liés par la mort mais elle n'ose pas l'aborder, lui dire. Elle se contente de l'observer.
    Puis il y a un homme sans avenir, qui est au courant des douleurs de Noam. Lui se sait condamné et sa sœur est en attente d'une vérité, celle qu'il tait, un secret qu'il a enfoui durant des années. Il est lié à Noam pour cette vérité, lié par le secret de la mort. Il pense que sa vie n'a servi à rien, sa mort pourrait lui être utile à Noam ? À Elisa ?
    Puis il y a une âme enfermée dans un corps, Noam va venir à elle, chercher une réponse aux questions qui le hantent depuis des années et qu'il ne sait formuler. Elle lui indiquera le chemin avec tendresse et compassion.

    Noam retourne voir Me Laurens pour tenter de comprendre. Cette dernière lle l'adresse à une consœur Linette Marucs et celle-ci lui parle de religion, de mysticisme, d'ésotérisme. Il a d'abord du mal à adhérer ; elle lui confie la théorie de la « Prophétie des innocents » selon laquelle toutes les croyances, Dieu ou bien une autre force supérieure, entraient en relation avec certains êtres humains pour révéler un message censé guider leurs vies ; ces prophètes peuvent être des personnes handicapées, dont l'altération des fonctions préservait l'âme et la bouche, des personnes pures, des jeunes enfants, des prédicateurs comme celui que lui et Samy rencontrent dans la rue peu de temps avant son rendez-vous avec Linette, il a senti que ce prédicateur s'adressait à lui alors qu'il s'adressait à tous les badauds.
    Linette lui dit d'aller d'abord en Israël pour commencer à comprendre le sens de sa vie et d'aller vers sa quête de lui- même ; résoudre l'énigme des paroles de Sarah jeune autiste qui va être son guide spirituel en quelque sorte. Sans doute un prophète à tenter de lui parler, de le mettre en garde à travers la sentence mystérieuse de sa nièce. Il part alors en quête de sa vérité. Là-bas l'attend un prophète du nom de Adam Weinstein qui est la première personne qui mourra le même jour que lui...

    Entrer dans ce roman pour moi s'apparente à réaliser avec Noam, un road-movie, il va de ville en ville à la rencontre de personnages dont Sarah lui a donné les noms ou les adresses, il va vers eux pour tenter de comprendre sa vie et avancer dans son existence, parce qu'il est anesthésié par la peur de l'avenir, celle de sa mort.
    Linette voulait créer un choc émotionnel pour tenter de faire sortir Noam de sa torpeur ; on va comprendre au final l'enjeu et surtout la méthode de Linette et je pense qu'il y aura deux réactions des lecteurs, ceux qui seront déçus et les autres ceux qui apprécieront la tournure de cette quête. Elle s'inscrit finalement dans le réel et c'est ce que j'ai aimé car la vie est aussi ce que nous en faisons. Noam va devoir mettre en pratique son plan de survie pour sortir de sa dépression. Il devra dépasser son traumatisme initial. Alors « mourir  du cœur » prend toute sa signification. Il va faire des rencontres qui vont le transformer, surtout il va renouer avec son passé d'une étrange façon. Mais elle sera de taille et nous fera du bien.
    Il y a de l'imprévu mais il y a aussi des révélations qui donnent le ton à ce roman fait de mysticisme, mais qui finalement nous permet de garder les pieds sur terre, de saisir les opportunités.
    Les conditions de la mort de la mère de Noam nous sont révélées et ce rebondissement est vraiment efficace et me fait dire que ce roman est une réussite. Elle donne à ses lecteurs, des clés pour dépasser leurs angoisses, réaliser leurs envies, et réaliser leurs projets.
    La mort n'est peut-être pas seulement l'absence cruelle de l'être aimé ou de la vie désirée et/ou attendue.

    Ce récit est entrecoupé par les écrits du carnet intime, des confidences de Noam, également mais brièvement par les voix des personnes , et encore par des épisodes du passé.
    Personnellement, je me serai abstenue de rajouter les courts passages où les 5 personnes parlent, mais la fin nous fait comprendre pourquoi finalement elles se sont exprimées et donc ces encarts sont judicieux.

    Dans ce roman fait de spiritualité, l'auteur nous donne les moyens de nous révéler à nous-même mais pas seulement, il émet l'idée que notre force vient d'autres sources. Nous les rencontrons sur notre chemin, l'intuition en fait partie mais également les bonnes rencontres au bon moment ; elles nous guident sur le chemin de la vie. Alors que nous sommes dans nos tourments, on ne voit pas les à-côtés, on se voile la face. Mais la force est en nous, il suffit de la chercher.
    Ce livre est le chemin initiatique de Noam mais il peut être celui de chacun d'entre nous.
    Il reflète la recherche et l'atteinte de la paix intérieure.

    Cette histoire est poignante, quelque part bouleversante par le passé de Noam. Elle est très bien écrite et nous fait voyager vers d'autres cultures et façon de voir la vie. Elle nous parla aussi de la vie de famille également et de la façon de l'appréhender. Le personnage de Noam est très attachant, son chemin initiatique, sa recherche de la paix intérieure est source de bien-être pour tous les lecteurs.

    COHEN Thierry, Longtemps, j'ai rêvé d'elle
    COHEN Thierry, Je le ferai pour toi
    COHEN Thierry, Si un jour la vie t'arrache à moi


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  •  Dans le café de la jeunesse perdue

    Titre : « Dans le café de la jeunesse perdue »
    Auteur : Patrick MODIANO
    Genre : Roman
    Éditions : Gallimard
    Année : 2007
    Nombre de pages : 162

    Quatrième de couverture :

    Encore aujourd'hui, il m'arrive d'entendre, le soir, une voix qui m'appelle par mon prénom, dans la rue. Une voix rauque. Elle traîne un peu sur les syllabes et je la reconnais tout de suite : la voix de Louki. Je me retourne, mais il n'y a personne. Pas seulement le soir, mais au creux de ces après-midi d'été où vous ne savez plus très bien en quelle année vous êtes. Tout va recommencer comme avant. Les mêmes jours, les mêmes nuits, les mêmes lieux, les mêmes rencontres. L’Éternel Retour.

    Mes impressions :

    Lorsque j'étais plus jeune j'ai lu un roman de cet auteur mais je n'ai pas adhéré, aujourd'hui Prix Nobel oblige, j'ai tenté de renouer avec cet auteur, mais je reste mitigée, perplexe. Déjà le style est plutôt vif (phrases courtes) contrastant avec la mélancolie qu'il s'en dégage. On se laisse envahir par des ambiances parfois sombres.
    Je dirais que ce roman est fait de nostalgie, il est empreint de spleen et de tristesse. Les blessures des personnages sont palpables.
    Ici ils se croisent au café Condé, dans la Paris des années 60.
    Ces rencontres entre des intellectuels, des poètes, des bohèmes, des artistes, des plus ou moins étudiants, vont être la clé du récit.
    Elles racontent, Paris et les relations.
    Ce groupe propose à Louki qui avait coutume de rentrer dans le café discrètement par la porte étroite, de se joindre à eux, il l'accueille simplement. Cette jeune femme réservée, semble perturbée, lointaine. Presque chacun des personnages va la décrire avec ses mots, ses perceptions. Elle va toucher les âmes.
    Mais elle n'est pas seule à être mystérieuse : chacun d'entre eux va s'inventer une vie, une identité, un parcours de vie. Mais Louki va les marquer, elle a un passé trouble, un nom inconnu, une enfance, que l'on devine douloureuse, elle tente de fuir un passé qui va finir par la rattraper. Elle est touchante, inaccessible pour le lecteur.

    Dans ce livre il est surtout question de disparition, d'absence, d'enquête sur le personnage de Louki. On devine une jeune femme aux prises avec son enfance, un certain mal-être. Un passé sombre et tourmenté.
    Puis il y aura l'absence, les années qui passent et ces êtres qui se perdent de vue. Resteront alors les souvenirs et les incompréhensions, les zones d'ombre.
    Ce roman est écrit à plusieurs voix dont celle de Louki ; il y aura celle d'un détective privé engagé par le mari de cette dernière suite à sa soudaine disparition.
    Et puis il y a celle de Roland, l'amant de Louki, qui passe du temps avec elle, à la recherche de lieux neutres comme il dit, des lieux à la lisière de tout ; ils errent ici et là et on comprend dans ce roman que l'existence n'est pas qu'une affaire d'éducation mais de rencontres, plus ou moins sincères, intimes, vivantes.
    Des êtres se croisent, partagent des mots, des faits, des événements et la vie se tissent ainsi.

    J'ai aimé moyennement ce roman car il ne se passe pas grand chose et les relations sont vraiment superficiellement décrites, même si on les devine plus ou moins intenses.
    Ce n'est pas mon genre de lecture préféré, car il me faut de l'action en plus de la psychologie des personnages ; il me faut des descriptions, des phrases construites plus amplement. Le style me laisse sur ma faim. Il me manque quelque-chose pour que l'intention de l'auteur m'interpelle et m'embarque plus.
    Ici la fin que l'on devinerait presque, ne m'a pas étonnée....
    Un roman qui se lit simplement et facilement.


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  •  Si un jour la vie t'arrache à moi de Thierry Cohen

    Titre : « Si un jour la vie t'arrache à moi »
    Auteur : Thierry COHEN
    Genre : Roman
    Éditions : Flammarion
    Année : 2013
    Nombre de pages : 415

    Quatrième de couverture :

    Il veut vivre pour elle.
    Elle veut mourir pour lui.
    Gabriel est issu d'un milieu aisé, Clara d'une famille modeste. C'est un homme d'affaires brillant, elle est danseuse. Ils n'étaient pas faits pour se rencontrer et pourtant ils tombent fous amoureux. Contre l'avis des parents de Gabriel et celui de certains amis, ils vivent leur histoire comme si le bonheur pouvait durer toujours. Jusqu'au jour où le destin s'en mêle. Jusqu'au jour où Gabriel doit affronter une épreuve terrible, par amour pour Clara.
    Il a huit jours pour sauver la vie de celle qu'il aime.
    Mais comment faire s'il est déjà mort ?

    Mes impressions :

    J'aime énormément les histoires de cet auteur qui en général nous émeut, nous bouleverse en s'appuyant sur la psychologie pour écrire de très beaux romans.
    Pour ce livre-là j'ai trouvé une grande ressemblance de style avec les Musso-Lévy.
    En effet dans cette histoire j'ai retrouvé leur genre qui fait appel au mysticisme, au surnaturel.
    Mais ce n'est pas sans me déplaire parce que la magie opère même si je sais très bien que ce genre d'histoires à consonance « fantastique » n'est pas crédible au quotidien, elles sont là pour donner du rêve et se détendre mais aussi à se poser des questions.
    Ici, sur fond d'histoire d'amour, de conflit culturel, de décalage, les deux personnages nous font voyager aux tréfonds des âmes...

    Clara 18 ans élève pratiquement seule son frère de 5 ans, leur mère dépressive reste prostrée la plupart du temps.
    La passion de Clara c'est la danse, mais elle rêve quand même un jour de trouver le grand amour et fonder une famille. « Elle paraissait ne rien désirer et pourtant tout attendre »
    Lui, Gabriel travaille comme consultant dans une société de conseil en stratégie, il est plutôt coureur, accumule les conquêtes, il est certes habile avec les femmes alors que Clara elle est plutôt réservée.
    Des caractères opposés, des milieux de vie différents, mais ils vont s'aimer … contre l'avis des parents de Gabriel qui souhaitaient pour son fils un mariage en quelque sorte de raison avec une femme de son milieu.
    La douleur de cette situation est palpable par Clara et à un moment donné Gabriel va même douter de sa force de sentiment et de la véracité de leur amour mais au moment où il est sûr de lui un terrible accident survient ; Gabriel et Clara seront touchés physiquement et affectivement. Elle, par désespoir et souffrance ne veut plus vivre sur terre parce que Gabriel subit des complications médicales, il est relié à une machine, les médecins vont le débrancher dans 8 jours, alors il rejoindra le monde des mortels... mais au moment de l'accident son âme va prendre possession du corps du chauffard et il aura 7 jours pour montrer à Clara que la vie est faite d'espoir et qu'elle doit continuer de vivre en souvenir de Gabriel.
    D'autres personnages tout aussi importants compléteront le tableau, un père adultère, sa fille adolescente révoltée, sa femme meurtrie, des parents qui ne vivent que par principe et fausses valeurs, un frère plutôt « perdu »....
    Cette histoire est émouvante même si elle tarde à se mettre en place. La seconde partie nous laisse rêveurs, songeurs ; c'est gentillet mais j'ai adhéré.
    C'est une histoire d'amour mais aussi une histoire de providence.
    Je l'ai beaucoup aimée car elle met en relation plusieurs personnages à leur insu et chacun apporte à l'autre sans le savoir une façon de réfléchir, de s'amender, d'améliorer ses rapports à l'autre.
    Gabriel dans un corps emprunté est touchant et profond quand il dialogue avec la fille de celui qu'il habite ou quand il cherche coûte que coûte à sauver celle qu'il aime.
    Même si ce roman comporte quelques clichés, ajoutés à un côté surnaturel invraisemblable, il est rempli d'espoir et d'humilité.
    Les relations humaines sont ce qui importe le plus pour moi dans ce bas monde et j'ai retrouvé ici la grâce des opportunités et celles des rencontres providentielles et je me suis laissée bercer par ce roman qui m'a énormément émue.
    On y retrouve les thèmes chers à l'auteur comme l'amitié, l'amour, le suspense. Les personnages de ce roman se remettent en question, s'interrogent quand ils se retrouvent dans des situations dramatiques. Les mots choisis nous font vivre de l'intérieur leurs sentiments, leurs émotions, on partage leur douleur, leur espoir.
    Bon oui le style plutôt romantique ne plaira pas à tous ceux qui n'aiment pas les histoires un peu trop sentimentales voire tirées par les cheveux mais ce roman vaut la peine d'être lu pour tout ce qu'il dévoile des rapports humains, mais également pour donner quelques raisons de vivre, chacun peut se retrouver dans les paroles ou vécus de certains personnages.
    Les dernières pages nous offrent de jolis rebondissements et je me suis prise au jeu de l'auteur : espérer en des jours meilleurs même si rien ne pouvait laisser croire à une certaine sérénité.
    L'ultime fin nous émeut encore plus... avec un personnage dévoilé, auquel on ne s'attendait pas du tout.

    À lire pour se souvenir que rien n'est figé dans la vie et que finalement tout à un sens ou donne un sens à l'existence.

    Du même auteur :

    COHEN Thierry, Longtemps, j'ai rêvé d'elle
    COHEN Thierry, Je le ferai pour toi
    COHEN Thierry, Si tu existes ailleurs

     


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  •  Esprit d'Hiver

    Auteur : Laura KASISCHKE
    Genre : Roman
    Éditions : Bourgois
    Année : 2013
    Nombre de pages : 276

    Quatrième de couverture :

    Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d'angoisse inexplicable. Rien n est plus comme avant. Le blizzard s est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant...

    Mes impressions :

    Quel angoissant roman ! sans doute parce que je ne m'attendais pas à une telle histoire. J'ai choisi cette lecture en fonction de la quatrième de couverture qui ne mentionne pas l'un des thèmes traités. J'ai découvert dès les premières pages que dans le fond, il s'agissait d'une histoire d'adoption et dans la forme, de la relation entre la mère et la fille adoptive. Sujet qui me touche particulièrement puisque j'ai une enfant adoptée à l'âge de 6 mois et qui a aujourd'hui bientôt 11 ans.

    Holly se réveille le matin de Noël avec un sentiment étrange et diffus pourtant palpable, « quelque chose les a suivi jusque chez eux depuis la Russie... » ; Éric et Holly ont adopté, 13 ans, plus tôt dans un orphelinat de Sibérie, une petite fille de deux ans, qu'ils ont prénommé Tatiana.
    Le mystère plane sur ce qui s'est passé entre la première rencontre de Tatiana avec ses futurs parents et les 13 ans qui ont suivi, jusqu'à ce matin de Noël...
    Le récit est racontée à partir des sensations de Holly.
    En ce matin de Noël les Clare se réveillent tard après avoir sans doute abusé de boissons alcoolisées. Holly est imprégnée encore de son rêve qui la laisse confuse et déroutée. Il la hante. Elle se souvient d'avoir reçu un message perturbant et une information inquiétante..
    Tattie est prête depuis longtemps, habillée et maquillée, pour le repas de Noël en famille.
    Tandis qu'Éric part pour l'aéroport chercher ses parents, la mère et la fille se retrouvent seules mais la tension monte entre la mère et la fille.
    Ce huis clos renferme un univers oppressant. Le suspense va crescendo avec des appels en numéro masqué sur le mobile d'Holly, des accidents domestiques, des colères entre Holly et sa fille adoptive. Tatiana se conduit étrangement mais n'est-ce-pas le lot de tous les ados ? Holly quant à elle tente de comprendre pourquoi sa fille est perturbée. Le serait-elle à cause de Tommy son petit copain ?.
    Tattie et Holly deviennent agressives l'une envers l'autre et la fragilité psychologique de la mère ainsi que son mal être sont transparents.
    Holly range les soucis hors du commun ou presque dans les tragédies, elle se raconte et raconte des événements, des épisodes pour le moins curieux, et les traduits avec ses propres significations.
    Et puis souvent elle fait référence à son besoin jadis écrire, elle tenait un genre de journal, mais ne le fait plus par manque de temps pourtant elle aurait dû continuer, je pense que ces mots couchés sur papier l'auraient aidée à exulter ses angoisses et ses déprimes.

    Au fur et à mesure que nous avançons dans la lecture, la nervosité, l'hostilité entre Holly et sa fille sont de plus en plus présentes.
    Holly est assaillie par des souvenirs d'enfance, ceux de sa fille, mais également des souvenirs de ses propres parents, et de sa propre enfance ; les descriptions sont détaillées, précises, où veut-elle en venir ?
    Éric et ses parents tardent à rentrer à cause du blizzard, la tempête les en empêche mais surtout sa mère a eu un malaise et se retrouve à l'hôpital. Voilà ce qu'il annonce par téléphone à Holly. Cette dernière est parcourue par le sentiment de culpabilité. Ne devrait-elle pas le rejoindre malgré la tempête ? Éric lui demande à elle de ne pas sortir par sécurité mais alors pourquoi les frères d'Éric eux, y sont allés ?. Ce sentiment va en engendrer d'autres, plus tenus, plus intimes. Notamment le rejet, l'abandon. Le fait de ne pas se sentir à sa place.
    On sent une Holly de plus en plus perturbée. Peu à peu elle décrit ce qui se passe entre elle et sa fille mais le lecteur va être confronté au doute, est-ce qu'elle invente, imagine ? Ou bien ces événements se passent- ils vraiment ?
    Holly et Tattie, finissent par se quereller de plus en plus fort, à crier ; Holly trouve sa fille insolente, orgueilleuse, irrespectueuse, mais c'est une adolescente....elle suppose que le comportement de Tatiana est une arme contre elle...et alors ça dérape de plus en plus....

    Ce roman me laisse bouleversée, la fin est tellement triste, tellement déroutante que j'en ai eu les larmes aux yeux ! Un livre fort et tragique qui m'a beaucoup touchée.
    Ce roman est glacial, mais il nous permet de réfléchir sur les conséquences des non-dits et sur la remémoration parfois des souvenirs enfouis, que l'on a soigneusement occultés pour ne pas souffrir...et pour ne pas s'avouer la réalité parfois trop dure !
    L'esprit de fête de Noël est remplacé par un esprit d'hiver glacial....
    Une histoire qui reste déchirante mais fort bien écrite. L'alternance entre le passé et le présent, les faits et les informations distillés avec parcimonie, entretiennent l'intérêt de la lecture et l’efficacité d'un suspense envoûtant.

     


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  •  Le chemin de Peyrelongue

    Titre : « Le chemin de Peyrelongue »
    Auteur : Gilbert BORDES
    Genre : Roman court en gros caractère
    Éditions : Libra Diffusio
    Année : 2007
    Nombre de pages : 90

    Résumé :

    La Seconde Guerre mondiale est terminée. Pierre Lestange revient au pays, près de Brive, après des années passées en Allemagne comme prisonnier. Paul, son jeune frère, a été fusillé par les Allemands.
    Le retour sur le domaine familial de Peyrelongue n'est pas aussi facile qu'il y paraît. En effet, il a connu, là-bas, une jeune Allemande, Astrid... et monsieur Antoine, son père, qui a toujours tout dirigé, ne peut accepter cela : Jamais une Allemande n'entrera à Peyrelongue, déclare-t-il en détachant bien ses mots. Pierre Lestange réussira-t-il à sauver son amour et à garder le domaine de famille ? C'est un roman profondément humain et généreux que nous livre ici Gilbert Bordes, un roman dans lequel on retrouve cet amour de la terre et de la nature qui sous-tend toute son œuvre.

    Mes impressions :

    Ce texte se lit très vite et j'ai eu du mal à le ranger dans une catégorie, j'ai hésité entre « nouvelle » et « roman ».
    Je regrette qu'il soit si court, mais malgré cela l'auteur fait passer de l'émotion.
    On retrouve les thèmes chers à Gilbert BORDES, son identité : la terre, la période Guerre, l'héritage culturel et financier, la filiation, les secrets, les relations familiales, avec parfois la confrontation et le deuil d'un enfant chéri.
    Le style est toujours aussi agréable, on se plonge dans l'histoire comme dans un canapé et on n'ose pas en sortir. Les personnages sont profonds, ils sont parfois peu démonstratifs mais il faut lire entre les lignes alors on saisit toute leur complexité.
    Bien sûr j'ai aimé cette histoire bien que déjà traitée plus ou moins bien, pour l'époque  : trahison, amour, filiation, famille....

    La détermination d'Antoine le père, et celle de Pierre le fils, malgré son sentiment de trahison, puis le rejet du père et les commérages des gens du village font de ce livre un condensé d'humeur et de profondeur.
    Et je le recommande aux lecteurs qui apprécient cet auteur.

    BORDES Gilbert, Le porteur de destins
    BORDES Gilbert, Le silence de la Mule
    BORDES Gilbert, Le chat derrière la vitre
    BORDES Gilbert, Les Terres brûlantes
    BORDES Gilbert, Juste un coin de ciel bleu
    BORDES Gilbert, Le voleur de bonbons

    BORDES Gilbert, Les vents de la liberté


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  • La vie en mieux

    Titre : « La vie en mieux »
    Auteur : Anna GAVALDA
    Genre : Roman
    Éditions : La dilettante
    Année : 2014
    Nombre de pages : 288

    Résumé :

    Mathilde a 24 ans. Elle a abandonné ses études d'histoire de l'art pour un petit boulot sans intérêt et vit en colocation avec deux sœurs jumelles. Elle dit qu'elle est heureuse, mais est toujours obligée de boire pour s'en souvenir.
    Un jour, elle oublie son sac à main dans un café.  Un homme le lui rend la semaine suivante.
    Plusieurs mois plus tard et à cause de cet homme justement, elle envoie tout balader et décide de changer de vie.

    Yann a 26 ans. Il est aussi diplômé qu'on puisse l'être, mais n'a pas trouvé de travail. En attendant des jours meilleurs, il est vendeur dans un magasin d'électroménager Hi-Tech. Il vit en couple avec Mélanie et ne dit pas qu'il est malheureux, mais souvent, quand il traverse la Seine, il s'imagine qu'il saute et se voit en noyé.
    Un soir, alors qu'il est seul, il rend service à son voisin de palier. Pour le remercier ce dernier l'invite à dîner.
    Le lendemain matin, il envoie tout balader et décide de changer de vie.

    Deux histoires. Deux histoires de jeunes gens de notre temps, repus, mais affamés, polis, mais enragés, qui préfèrent encore prendre le risque de se tromper de vie plutôt que de n'en vivre aucune. » (Anna Gavalda)

    Mes impressions :

    Ce roman a été pour moi assez déroutant, d'abord par le style différent des deux histoires, celle de Mathilde et celle de Yann et puis parce que l'auteur semble-t-il survole les états d'âme de ces deux personnages. Je pense que cela est voulu, sans doute a t-elle voulu retranscrire à leurs images, leurs interrogations, leurs remises en questions existentialistes soudaines suite à la rencontre d'un couple avec enfant pour l'un et l’obsession récurrente pour l'autre de retrouver l'homme assez étrange qui s'est intéressé à elle peu de temps et qui lui a rendu son sac sans l'avoir ouvert (dit-il !) et sans rien avoir subtilisé. Suite à ces rencontres, tous les deux, subitement décideront de changer de vie....
    Mathilde est victime du vide de l'existence, elle a 24 ans, elle écrit de faux commentaires sur le net pour son beau-frère, activité peu reluisante....Elle était alors étudiante en histoire de l'art quand elle choisit d'abandonner.
    Parallèlement, elle cherche, ou plutôt attend l'amour. Son discours est noir, sombre, surtout sur la société mais je note un certain réalisme. Elle donne son point de vue sur la vie, son but de manière générale et en particulier.

    Elle partage 110 m2 avec 2 sœur jumelles, Pauline et Julie.
    On verra au fur et à mesure des pages qu'elle souffre de l'absence de sa mère....mais je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler.
    C'est une jeune femme paumée, désorientée qui va perdre une grosse somme d'argent confiée par les sœurs jumelles, devant servir à l'origine pour des travaux dans le logement qu'elle loue avec ses deux colocataires.
    Mais cet argent n'est qu'un prétexte pour servir l'intrigue, elle va alors faire la connaissance furtive d'un cuisinier ; tous les deux se comprennent même sans se connaître ni se parler vraiment ; puis elle le perdra de vue mais continuera d'espérer le retrouver pour le revoir. Son acharnement durera des jours, des semaines, des mois.
    Mathilde croit que tout les oppose et pourtant....
    Mathilde est une écorchée vive, mal dans sa peau, dépressive, elle attend que la vie passe... Jusqu'à cette rencontre avec ce cuisiner pour le moins étrange...

    L'écriture est stylée, rythmée, hachée, les phrases sont courtes, parfois légères, elles se succèdent parfois en accéléré ; le texte est rempli d'expressions de jeunes, actuelles.
    Malgré cela j'ai l'impression de faire du surplace, pas grand chose ne se passe dans ce récit, si ce n'est la description d'un mal être profond mais somme toute survolé je trouve.

    Yann quant à lui, a une amoureuse mais il s'apercevra en faisant connaissance avec la famille du dessus, un couple mal assorti avec deux fillettes, qu'il passe lui aussi à côté de sa vie, et qu'il ne sait pas encore où l'attend la sienne... À 26 ans, il est paumé également, travaille par nécessité et non pas par plaisir, il est diplômé d'une école de design et il est démonstrateur de petits robots coréens. Il se pose plus de questions existentialistes ; pour le style, les phrases sont plus longues, il est moins dans la tourmente que Mathilde, il est plus dans l'objectivité, plus dans l'instant
    Perturbé au contact d'Isaac son voisin et sa famille, il se rend compte combien il est difficile d'être soi, puis de le rester ...
    Alors, il va prendre des décisions radicales  et tout va changer, on suppose, pour lui et son avenir.

    Les textes pourraient être plus intenses mais je les ai trouvé assez sommaires. Ou alors je n'ai pas compris la subtilité de l'auteure.
    Les deux portraits désignent des personnages en mal de vivre, en attente de quelque chose et se posent des questions quant à la nécessité de leur vie, et de la vie en général.
    Je me suis quand même attachée aux deux parce qu'ils dépeignent des personnalités présentes dans la société d'aujourd'hui....


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